
Episode 1 - Le parking

Deux plombes que PICHARD attendait discrètement là, seul, dans le
silence, à bord du véhicule banalisé, que ce type sorte avec la cam’.
Il savait que l’autre gars qui était déjà à l’intérieur avait amené la
marchandise introduite sur le territoire français par le port de TROUVILLE
à bord d’un voilier luxueux.

Combien de kilos de cette saloperie de
poudre blanche ? Certainement plusieurs vu la taille du gros sac que
l’autre avait sorti du coffre du véhicule utilitaire blanc et qu’il
avait trimballé dans cette pizzéria de banlieue déserte avant que son
client ne l’y rejoigne.
« Mais qu’est-ce qu’ils pouvaient bien foutre depuis le temps qu’ils
s’étaient retrouvés à l’intérieur » se demanda PICHARD. Les truands
sont aussi parfois très bavards.
PICHARD, récemment muté aux stups, avait reçu l’ordre de ne pas bouger
et de laisser faire la transaction. Cette filière était trop nouvelle
pour arrêter déjà ces gars en flag’. Il fallait remonter jusqu’à tous
leurs complices, notamment tous ceux qui revendaient au détail, et ceux
qui blanchissaient le fric.
Ca lui faisait drôle : laisser faire ces délinquants, devant lui sans
rien faire, juste les surveiller et les suivre pour en savoir plus. La
patience était une qualité qu’il allait devoir apprendre dans son
nouveau service.
Pichard attendit toute la nuit le nez sur le volant, lui qui détestait
faire ainsi le planton.... On lui avait collé en guise de collègue un
jeune premier qui n'alignait qu'un maigre bagage professionnel, Pichard
se demandait d'ailleurs comment ce gus avait finit par atterrir aux
stups.
En tout cas ce Bernard Pivert lui tapait littéralement sur le système
avec ses questions débiles qu'il semblait incapable de retenir !
Attendre toute une brune éveillé c'était déjà pas facile, mais si en
plus on lui empéguait aux guiboles un con pareil, à croire que la
direction l'avait pris en grippe ! Pichard et Pivert....
En tout cas les cameux ils n'étaient jamais sortis de la pizzéria qui
avait finit par éteindre ses néons blafards... Il y avait entourloupe
sous roche du genre sortie par derrière, ou alors ces cons s'étaient
endormis le blair dans la blanche...

Sur les coups de 7 heures alors que le soleil se levait,
Pivert l'ouvrit une dernière fois pour s'exclamer : « Ah ben chuis bien
content d'faire ce boulot Pichard ! ».... La journée commençait mal...
Un adjoint quasiment idiot, une filature foirée, son arrivée chez les stups était loin de lui faire plaisir.
Pourtant en son fort intérieur, quelque chose le turlupinait.
Pivert commençait déjà à ranger les reliefs des repas et cafés qu'ils
avaient ingurgité au cours de cette longue nuit en s'exclamant: "Ben,
on a bien mérité quelques heurs de repos". Il sera toujours satisfait
de son sort, ce benêt de la crèche, et il fera jamais un grand flic!!
Pichard prétexta l'interruption un peu rapide du morceau de jazz qu'il
écoutait au profit d'une nouvelle bêtise radiophonique pour signifier à
Pivert qu'il allait se dégourdir les jambes. Cette histoire de porte
dérobée l'intriguait. Il fit discrètement le tour de la pizzeria pour
constater qu'effectivement une petite porte sur l'arrière du bâtiment,
celle-ci n'avait pas été prise en compte lors des repérages.
Bizarrement, elle était entrouverte. Saisissant son arme de service,
Pichard l'ouvrit d'un léger coup de pied. Tout était sombre là dedans,
mais son petit doigt lui disait qi'il fallait rentrer....

Episode 2 - Un mystérieux produit

Une fois à l'intérieur Pichard fit bien attention de se mouvoir avec
toute la discrétion possible, il était essentiel de ne pas se faire
repérer...
Seulement, malgré toutes ses précautions, Pichard entraperçu une ombre
mouvante qui s'évanouit dès qu'il pénétra dans le bâtiment. La gorge
serrée, le poing cramponné sur son arme, il parcourut l'enceinte sans y
percevoir la moindre trace de vie.
Il dut d'ailleurs se rendre à l'évidence, en dépit de cette désagréable
sensation d'être observé, nul doute qu'il fut seul dans la pizzeria...
Les trafiquants s'étaient fait la malle....
Ca et là il découvrit des caisses éventrées et les restes d'un remue
ménage certain, mais rien de consistant à se mettre sous la dent....
Pichard retourna informer l'autre blanc bec qui poireautait dans la
bagnole, avant d'aller faire son rapport au poulailler.... Les
collègues ne manqueraient pas de se foutre de sa trogne, à coup sur....
Seulement ce ne fut pas du tout le cas....
En effet, Pichard et Pivert arrivèrent à la Direction Régionale de la
Police Judiciaire alors que celle-ci se trouvait en pleine
effervescence...
On venait de constater deux cas d'overdoses du côté de Nice, ayant
probablement succombé à ce mystérieux produit qui alignait des victimes
depuis deux semaines aux quatre coins de l'Europe.
Les résultats du laboratoire étaient sans appel :"produit
non identifié présentant toutes similitudes avec le CD".
C'est ainsi que l'on avait qualifié cette nouvelle substance, en diminutif de "Chemical death"...
Il semblait évident que l'on avait affaire avec une nouvelle drogue,
sous bien des aspects absolument redoutable, sans que l'on puisse
jusqu'à présent identifier la moindre filière...
Pichard alla taper son rapport, la fatigue lovée de tout son poids dans les plis de ses paupières....
Le "CD" était une poudre nettement plus puissante que la cocaïne. Elle
permettait en principe d'élaborer des doses avec moitié moins de
quantité. Mais, dans le réseau incertain et fluctuant des dealers, ceux
qui n'étaient pas au courant de cette nouveauté prépareront des lots
aux effets dévastateurs. Le pire, c'était l'ignorance de ces revendeurs
occasionnels, tous ces bidouilleurs de poudre isolés et autodidactes
qui étaient encore plus difficiles à appréhender que les
professionnels.

Si cette cam' leur arrivait, des overdoses allaient se
multiplier chez des utilisateurs bien différents (milieu de la nuit, du
spectacle et de la prostitution, célébrités parisiennes dégentées à la
recherche de nouvelle défonce).
Pichard était vraiment désorienté depuis son arrivée dans cette
brigade. Des méthodes et des moyens totalement différents de ce qu'il
avait toujours connu. Mais c'est aussi la première fois que Pichard
avait à faire à une femme comme supérieur hiérarchique. Le court
entretien qu'il venait d'avoir avant leur réunion de groupe journalière
ne s'était, à proprement parlé, pas bien passé. Elle n'avait rien voulu
entendre au sujet du changement de son binôme et lui avait même
rappelé, d'un ton un peu ironique, que la réputation dont il était
précédé devait lui permettre sans aucun problème d'encadrer ce jeune
flic débutant plein de zèle.
Une affaire difficile avec les jambes entravées, voilà à quoi ressemblait son avenir proche...
Fidèle à ses bonnes vielles habitudes, Pichard se dit que le meilleur
moyen d'essayer de faire le point et d'obtenir de nouveaux
renseignements était d'aller faire un tour dans les bistrots parisiens.

Laissant son insupportable Pivert au bureau, il sortit et appela de son
portable Roger Gandubert, un de ses anciens indics, monté pour sa
retraite sur Paris. Cet ancien ferrailleur, même s'il était rangé des
voitures, devait sûrement avoir gardé des contacts discrets dans
certains milieux.

Episode 3 – Un hôtel bien onéreux

La disparition des deux trafiquants pendant la filature était une
mauvaise nouvelle pour l’enquête, les stups avaient peut-être perdu le
seul lien qu’ils possédaient pour remonter jusqu’à la poudre CD.
PICHARD était pensif ; il revoyait cette nuit bizarre passée devant le
restaurant de banlieue. Après être retourné à la pizzeria en se faisant
passer pour un client, le flic constata que la porte dérobée par
laquelle les deux loustics s’étaient évaporés n’étaient normalement pas
accessible aux clients. Comment se fait-il qu’ils aient pu l’emprunter
sciemment et disparaître alors que leurs véhicules (volés pour
l’opération) étaient restés sur le parking de l’autre côté devant
l’entrée ? PICHARD se demanda si le propriétaire de la pizzeria n’était
pas complice dans cette affaire de stupéfiant. Cela aurait expliqué
cette disparition si intrigante.
PIVERT amena à PICHARD les résultats des recherches qu’il lui avait
demandées de réaliser sur Maurice DI SECCO, le propriétaire de la
pizzeria. Il possédait aussi un hôtel dans le quartier de la gare
depuis quelques mois. Cette onéreuse acquisition immobilière intéressa
au plus point l’inspecteur. Les bénéfices déclarés de la pizzeria
étaient plutôt minces. Comment avait-il pu débourser 800 000 € pour
s’offrir ce bel immeuble dans le quartier impérial ? Pas de traces
d’emprunt dans l’acte notarié. Le juge autorisa deux jours plus tard la
consultation du dossier bancaire de DI SECCO. Il n’avait signé aucun
emprunt. La piste devenait de plus en plus intéressante.
Les résidus de poudre décelés sur les échantillons que Pichard avait
prélevé dans la pizzeria, s'avéraient donc bien de la même composition
que le CD.
Il sentit du jour au lendemain tous les regards de la compagnie se diriger sur son enquête...
Pendant qu'une équipe épluchait le dossier bancaire de Di Secco sans
que celui-ci soit au courant, Pichard et Pivert se rendirent deux jours
sur la capitale.
L'objectif étant de rendre visite comme prévu à
Roger Gandubert, afin de déterminer si ce dernier avait entendu
parler du CD.
Pichard avait vite compris depuis qu'il avait intégré les stups, que la
France était profondément centralisé en ce qui concernait le trafic. On
reconnaissait trois villes essentielles, à savoir Paris pour la zone
nord et Nice et Marseille pour la zone sud. Bien-sur Marseille n'avait
pas retrouvé sa splendeur du temps de la french connection, mais un
certain nombre de familles appartenant au milieu tenaient fermement
tout ce qui concernait les stups.
Pichard en compagnie de son acolyte posèrent leurs guêtres à l' hôtel Denoyez dans le 20ème arrondissement... Pichard n'était pas revenu sur la capitale depuis la mort de Lucie....
Pivert,
tout heureux d'être en mission dans la capitale, accepta la
recommandation de Pichard d'aller visiter et diner à La Bellevilloise, l'ancienne coopérative ouvrière devenue lieu d'animation dans le quartier.
Pendant ce temps, Pichard sautait dans un taxi pour se rendre au Rohan
près du Palais Royal où Gandubert avait ses habitudes.
Très vite, Pichard rentra dans le vif du sujet et Gandubert ne se fit
pas prier pour lui donner les informations en sa possession. Il avait
effectivement entendu parler de cette nouvelle saloperie qui commençait
à innonder le marché et ses contacts evoquaient la mafia chinoise. Il
était d'autant plus prolixe que manifestement le milieu parisien
n'appréciait guère les méthodes et les moyens de ces nouveaux venus.
L'enquête allait manifestement entraîner Pichard vers le XIIIième
arrondissement et l'est de Paris.

Pendant les préparatifs des festivités du Nouvel An chinois, une petite visite du côté des Olympiades s'imposait...

Episode 4 - L'adieu à un flic..

En
compagnie de Gandubert, Pichard profita de son passage dans le
13ème pour rendre visite à leur vieux pote Gustave Surin (Cf l'affaire Pichard épisode 16).
Ce dernier venait d'être hospitalisé plusieurs semaines à la
Salpêtrière en face de chez lui, consécutivement à un infarctus massif
sur lequel s'était greffée une saloperie nosocomiale, comme les
hôpitaux savaient si bien les concocter.
Pichard et Gandubert furent touchés de constater combien leur vieil ami
avait laissé des plumes dans le formol. Difficile d'imaginer le flic
parfait dans cette carcasse bancale qu'était devenu Surin. La visite
d'ailleurs fut brève car de toute évidence Surin avait besoin d'être
seul, allongé sur son transat, une couverture sur les genoux à la
manière des vieux à l'hiver de leur vie...
Surin avait 67 ans, il mourut deux semaines plus tard.
Gandubert et Pichard restèrent silencieux lorsqu'ils rejoignirent le
coeur du quartier chinois. Rejoint pas Pivert, ils passèrent ainsi le
reste de la journée à échafauder un plan d'approche du milieu que l'on
suspectait d'être à l'origine de la déferlante CD.
De toute évidence, il apparaissait nécessaire que cette affaire fut
supervisée par plusieurs équipes. Un pôle basé sur la capitale ainsi
qu'un deuxième qui prendrait en charge les ramifications lorraines du
trafic.
Pichard décida d'abréger leur séjour parisien afin d'informer son chef
de brigade Fabrice Gardrin des avancées du dossier. Ce dernier étant
seul habilité à déterminer où ses inspecteur devaient enquêter et ainsi
constituer les différentes équipes...
De retour à Metz, pichard rendit compte à Gardrin de ses avancées sur Paris.
Si la piste Di Secco devait continuer à être creusé, il fallait
éventuellement regarder aussi du côté de la colonie chinoise implantée
dans la région et voir si le beau Maurice n'avait pas pris langue avec
eux.
Gardrin organisa une réunion de son groupe en début de soirée. il
sentit une tension dans son équipe, mais mit cela sur le compte de la
note de service qui venait de tomber et interdisait dorénavant de fumer
dans les locaux et donc dans les salles de briefing, haut lieu du
tabagisme policier...
Fatigué de cette longue journée, PICHARD pensa à Gustave SURIN, son
vieux pote flic. Il revoyait son visage ridé. Il l'entendait à nouveau
lui parler, avec son accent parisien, assis à une bonne table chez
MARTY, la brasserie avenue des GOBELINS à Paris, qu'il aimait tant
fréquenter. Une phrase lui revint en tête : "tu vois PICHARD, une bonne
table, ça commence déjà par le linge, si tu as une nappe et des
serviettes en tissus, de préférence couleur blanc, tu peux déjà te dire
qu'ici, on ne se fout pas de la gueule du client". Très ému, PICHARD
s'étonna de si bien retenir tous les détails du repas qu'il avait pris
avec lui, les boiseries en acajou, les lustres, les vitraux, les
meubles chinés et les tableaux, toute cette belle atmosphère des années
30, immuable, éternellement parisienne.
Les tensions entre collègues à cause de la clope lui semblèrent si
dérisoires à côté de la gravité de ce qu'il avait vu à la Salpêtrière.
Ce jeunot de PIVERT, qui venait d'entrer dans la police, ne pouvait pas
comprendre une époque qui n'existait plus où les truands et les flics
avaient chacun leur code d'honneur, leur parole et leur savoir vivre.
SURIN était la plus parfaite illustration de cet âge d'or si proche des
romans de SIMENON ou de MALET.
GARDRIN était un chef exigeant mais très sensible aux états d'âmes de
ses troupes. Il sentît facilement que ce soir PICHARD n'allait pas très
fort. Il lui proposa d'être le lien entre les stups parisiens et ceux
de Metz. Cette offre pouvait libérer PICHARD de son encombrant jeune
collègue et lui donner une liberté d'action entre la capitale et METZ.
En fait, GARDRIN avait très vite saisi le net intérêt qu'avait son
service de profiter des relations qu'avait son nouvel inspecteur avec
le milieu parisien. PICHARD accepta rapidement.
Ce soir-là, PICHARD resta longtemps accoudé au comptoir du bar central.
Ce fut avec beaucoup de patience que le patron lui demanda de sortir
car il voulait fermer, il était très tard...
Le réveil de Pichard le lendemain matin fût pour le moins difficile. La
sonnerie du téléphone au moment même ou il arrivait au bureau ne fît
qu'accroitre son malaise. C'était Nicole du labo. Elle avait éffectué
une HPLC sur cette substance et elle avait pu identifier un
composant:le fetanyl, un opiacé de synthèse mis au point dans les
années 60 en Belgique autrement connu dans le jargon des toxicos sous
le nom de China Girl...

Episode 5 - Retour capital

Pichard était encore passablement embrumé en prenant le premier train
pour Paris le lendemain matin, mais le fait de laisser Pivert derrière
lui le rendait d'humeur plutôt légère. Après s'être accordé une petite
heure de sommeil, Pichard sorti son carnet de note. De la vieille
école, il avait une sorte de défiance pour les ordinateurs, il
préférait confier ses notes à des carnets Moleskine. Il mit à profit la
fin du voyage pour reclasser ses notes et organiser les deux jours
qu'il comptait passer sur Paris. Il avait une réunion prévue avec la
brigade des Stups, quai des Orfèvres, puis un dîner prévu avec
Gandubert dans un restau du XIIIème, pas loin de l'hôtel qu'il s'était
réservé, autant être au cœur de l'action.
Arrivée Gare de l'Est, il s'engouffra dans le métro, direction le cœur
de la capitale. Il avait rendez vous avec le capitaine Le Tallec qui
serait son correspondant pendant cette enquête. Le Tallec était un
jeune capitaine, qui portait cheveux longs, blouson de cuir et boucle
d'oreille, pas le portrait du flic classique, mais capable de se fondre
efficacement dans le milieu qu'il avait à combattre. Son accueil fut
très cordial, et ils purent échanger en toute franchise sur les
éléments qu'ils possédaient. Le Tallec confirma à Pichard les soupçons
de sa brigade sur l'implication de la mafia chinoise dans ce
trafic.Ceci leur semblait très étonnant car ce n'étais pas le terrain
habituel de ces gangs, mais sans doute eux aussi étaient-ils obligé de
s'adapter aux dures lois du marché.
Après deux heures d'échanges, ils définirent leurs méthodes de travail
et d'échanges. Pichard quitta Le Tallec pour rejoindre le quartier du
Palais Royal. Il devait retrouver au Grand Colbert Peter Johnson, un
journaliste d'investigation. Décidément cette enquête s'annonçait
gastronomique...
Pichard n'avait pas l'habitude de manger dans ce type d'établissement,
mais Johnson avait insisté. Il arriva donc 1/4 d'heure en avance afin
de renifler les tasses et prendre ses aises.
Une fois à table, située à la sortie des wc histoire de profiter des effluves printanières, Pichard siffla un serveur
qui l'assassinat de son oeil torve... De toute évidence, il
faisait tache avec ses manières d'ours mal
léché...

Il repensa aux résultats de l'HPLC qui n'apportaient pas, à ce stade,
d'informations capitales. Le Fentanyl était communément utilisé dans le
monde médical et il espérait que les prochaines analyses seraient plus
concluantes.
Johnson arriva pour sa part 20 minutes en retard, le front poisseux de
transpiration en s'excusant platement. Il avait la fâcheuse tendance à
s'approcher bien trop près de son interlocuteur lorsqu'il était en
pleine discussion, ce qui rendait difficile pour fuir son haleine
redoutable. Pichard usa de quelques subterfuges - une main pour
dissimulée sa truffe ou bien, procédé appris à la morgue, du pastis
apposé sous le tarin... Mais rien n'y fit, Johnson avait de toute
évidence les boyaux pourris et ce n'était pas un pied qu'il avait dans
la tombe, mais bien plutôt ses viscères....
En bon professionnel, Pichard passa outre ce désagrément pour rentrer
dans le vif du sujet. En effet, Johnson allait lui apprendre bien des
choses, lui qui venait de passer 6 mois d'investigations dans le milieu.
A cette idée, Pichard plaignit ces pauvres chinois qui durent supporter si longtemps son haleine dantesque...
L'addition du Grand COLBERT était plutôt salée, même pour un repas de
midi en semaine. PICHARD n'était pas mécontent que le journaliste lui
dise qu'il prenait en charge les repas qui passeront dans les notes de
frais de son employeur.
Quelques minutes après avoir quitté JOHNSON, PICHARD n'était plus
capable de se rappeler ce qu'il avait mangé dans ce grand restaurant
tant l'anglais l'avait barbé en lui livrant les résultats
d'investigations qu'il croyait passionnants, mais qui lui semblaient
totalement à côté de la plaque. Seule la fin du repas l'avait marqué
quand, en même temps que les cafés servis à de nombreuses tables, un
serveur avait démoulé au milieu de la salle un kouglof de folie
qui avait embaumé de son odeur de brioche chaude toute la grande pièce
très ornée de l'établissement.

Un salutaire répit contre l'odeur de
l'haleine de son hôte.

Episode 6 – Coup de théâtre
Le lendemain matin, PICHARD reçut un appel de LE TALLEC des stups
parisiens. Il lui donnait rendez-vous dans une chambre d’hôtel du 13ème
arrondissement pour découvrir une énorme surprise.

Arrivé sur place très rapidement, PICHARD remarqua tout de suite le
cadavre d’un homme de grande taille allongé sur la moquette tachée par
une large marque de sang.
LE TALLEC lui dit qu’il s’agissait de Peter JOHNSON ! PICHARD était
choqué de reconnaître le visage grimaçant de ce gros lard avec qui il
avait déjeuné la veille. Son expression était très tirée, diaphane. LE
TALLEC lui demanda tout de suite s’il connaissait cet homme. PICHARD
lui répondit qu’il avait déjeuné avec la victime hier midi après avoir
reçu un appel sur son portable. L’homme lui avait dit être journaliste
d’investigation et que les stups de Paris lui avaient fourni son numéro
de téléphone.
LE TALLEC lui brandit la carte professionnelle de Peter JOHNSON trouvée
sur le corps. Peter JOHNSON, détective privé, établi boulevard de
Strasbourg à PARIS. JOHNSON lui avait raconté des bobards depuis le
départ en lui faisant croire qu’il était journaliste.
PICHARD comprenait mieux pourquoi JOHNSON lui avait livré tant de
banalités et surtout rien de concret sur la mafia chinoise. Il n’avait
probablement jamais enquêté dans le 13ème. Certainement payé par les
trafiquants pour les protéger d’une arrestation, il voulait savoir ce
qu’avait découvert PICHARD dans son enquête en lui faisant croire que
lui-même avait beaucoup d’informations à lui confier.
Un
sacré rebondissement et Pichard eu l'impression que l'un des
seuls fils tenus qu'il possédait venait de se casser.
Il sentit une vague de découragement l'assaillir d'autant qu'à première
vue, le boulot avait été fait par des professionnels. L'équipe de la
police scientifique qui œuvrait sur place n'avait manifestement pas
grand chose à se mettre sous la dent. Un à un les jeunes enquêteurs qui
avaient fait les premiers interrogatoires du voisinage revenaient
bredouilles. Il ne fallait pas compter apprendre grand chose sur place.
Pichard et Le Tallec décidèrent de laisser un
léger dispositif policier sur place et rentrèrent au Quai
des Orfèvres.
Dans son petit bureau sous les combles, Le Tallec s'installa derrière
son bureau, vide de tout papier; alluma son ordinateur et lança une
recherche sur Peter Johnson. Pendant que sa requête tournait, il alla
chercher deux cafés.
A son retour, Pichard lui confirma que Johnson, à aucun moment, n'avait
eu l'air d'avoir peur. En se remémorant l'entretien, Pichard se souvint
que le pseudo journaliste avait fait référence à une société du côté de
la Porte d'Ivry. Comment s'appelait-elle déjà? Ah oui la Li Swann Cie...
Un premier repérage s'imposait avant de pouvoir obtenir un mandat du juge en charge de l'enquête.
En tout cas cela ne disait pas qui avait fait la peau à cette bouche
d'égout de Johnson... et Pichard craignait que l'autopsie n'apporte pas
grand chose au dossier.
Décidément cette affaire de CD peinait à démarrer, ils n'avaient
jusqu'à présent pas grand chose à se mettre sous la dent si ce n'est
des soupçons importants concernant le milieu chinois. Le problème était
que cette mafia faisait partie des plus opaques d'Europe prospérant
essentiellement sur l'immigration clandestine et le trafic de
stupéfiant. Pichard et Le Tallec se regardèrent la mine mortifiée....
- Bon... Appelles les collègues qui sont en train de tapisser le coin,
Le Tallec... Je veux qu'on relève tout ce qui pourrait nous venir en
aide dans l'appart puant du machabée, bordel !
J'vais y retourner et interroger moi-même le tenancier du rade en face,
voir si il a des infos à cracher... J'ai toujours su leur parler moi à
ceux qui bossent dans la raide.
- Ok Pichard, de mon côté je commence à faire quelques recherches sur la "Li Swann Cie".
Dehors, une pluie battante s'évertuait depuis le matin à couvrir Paris
d'une ombre épaisse et les rares badauds qui s'aventuraient dans les
rues étaient reçus par des rafales de vent à décrocher les gencives !
Une fois parvenu sur le seuil de l'immeuble où on avait trouvé Johnson,
Pichard se retrouva face à un énergumène d'origine asiatique qui devint
blême à sa vue.. De toute évidence celui-ci avait quelque chose à se
faire reprocher ! D'autant qu'il prit ses jambes à son cou plus vite
qu'il ne faut pour le dire...
Pichard se lança à ses trousses, mais le jeune intrépide s'engouffra
rapidement dans la bouche de métro la plus proche, Pichard manqua de se
ramasser sur le sol glissant des escaliers mais parvint jusqu'au quai
où s'apprêtait à partir un métro. Pichard eu juste le temps de lire le
nom de la station avant de se jeter dans la rame. Glacière....
Haletant, il savait que le fuyard était dans ce train.... il ne lui
restait plus qu'à guetter les sorties aux différents arrêts.. La rame
était pleine à craquer, la pluie transformant les parisiens en de
misérables rats cherchant la chaleur....
Après 8 stations, Pichard pensa que définitivement il venait de perdre
sa proie, c'était sans compter la chance du flic... puisqu'à la
Motte-Picquet l'autre détala, la course poursuite reprit de plus
belle... Décidément ce n'était plus de son âge...

La tour Eiffel en ligne de mire... le souffle coupé... de folles enjambées....

Episode 7 : Le parking souterrain
La tour Eiffel en ligne de mire... le souffle coupé... de folles
enjambées.... Pichard sentait son coeur battre la chamade et se
demandait comment diable sa cage thoracique pouvait tenir le coup. En
vieux de la vieille, il savait que le pire était à venir...

D'un seul
coup, l'asiatique plongea dans un couloir menant à un parking
souterrain. Si Pichard avait pu rassembler ses esprits et re-penser au
cours dispensés par l'école de police, jamais il ne serait entré seul
dans cet endroit, sombre. D'un seul coup, 2 voitures passèrent en
trombe et le gémissement des pneus sur les marquage au sol fit frémir
Pichard. Il compris mais il n 'eut pas le temps d'anticiper...
Le jeune
asiatique monta dans la première voiture, rapidement suivie d'une
seconde....
Pichard aperçut une ombre dans le rétroviseur de la seconde
voiture, en même temps qu'il entendait une respiration rauque derrière
lui....
Ses genous se dérobèrent et il s 'écroula sur l 'asphalte...

Episode 8 – Direction Porte d’Ivry
Totalement
épuisé, et après s'être laissé
distancé par le fuyard trop rapide à la course, PICHARD
perdit complètement sa trace.
Mais PICHARD ne voulait pas lacher cette affaire. Après avoir repris
son souffle et retrouvé les idées claires, il décida de creuser la
piste de cette société qu’avait évoquée JOHNSON, la LI SWANN CIE. Il
trouva facilement quelques informations sur l’entreprise au registre
des sociétés. C’était une SARL ayant son siège social rue REGNAULT dans
le 13ème. L’activité commerciale était l’import-export en maroquinerie.
Le gérant s’appelait CHIU LI HUA, habitant à IVRY.

Impatient d’aller voir sur place, PICHARD prit le métro, direction
Porte d’IVRY. En sortant de la station, la nuit était déjà presque
entamée. Des enseignes brillaient de tous leurs feux et se reflétaient
sur les carrosseries des voitures qui passaient sur l’Avenue d’Ivry.
Dans le brouhaha de la circulation, on entendait au loin le bruit d’une
sirène d’une voiture de pompier ou de flic, difficile à distinguer.
Il s’arrêta devant l’adresse de la LI SWANN CIE. Rien n’indiquait
qu’elle y occupait un local. Pas de panneaux, ni d’indications visibles
de l’extérieur. La vitrine était celle d’une pizzeria. Aux étages,
rien. Pas de lumière, pas de signe de vie. PICHARD était sur le point
de tenter d’entrer dans le couloir de l’immeuble quand le bruit d’un
scooter qui s’arrêta devant retînt son attention. Il eut juste le temps
de se cacher et de voir entrer le motard qui portait encore son casque.
Quelques secondes après, la lumière s’alluma au premier mais des
rideaux épais tirés empêchaient de voir se qui se passait. PICHARD
réussit à entrer dans l’immeuble et put voir que la LI SWANN CIE
possédait effectivement une boîte à lettre. Il entendit le bruit d’une
conversation. Une seule voix résonnait dans le couloir de l’escalier,
l’homme était au téléphone.
« Tu me fais chier avec tes histoires de retard ! Je te dis que la
marchandise doit être livrée normalement à Metz comme ailleurs ! »
« Les flics ? Mais ils ne savent rien JONHSON nous l’a bien
dit hier soir, alors arrête de paniquer pour rien ! »
« Bon allez, on se retrouve au loft, tu me fais perdre mon temps ! ».
La conversation cessa et la porte s’ouvrit. A nouveau PICHARD eut le
temps de se cacher pour voir sortir le motard chargé d’un sac en cuir
qu’il posa sur le porte bagage de son scooter avant de démarrer.
Le scooter demarra rapidement et Pichard n'eut pas le temps de voir la
plaque du scooter dans l'obscurité. De toute façon, elle aurait sans
doute menée à une affaire de vol sans suite. Pichard resta donc sous le
porche de l'entrée à se demander ce qu'il devait faire. La douleur
lancinante depuis qu'il avait recu ce coup lui dicta de rentrer à
l'hotel puisque de toute façon, l'immeuble était vide et qu'il
commencait à se faire tard. A ce même moment, une berline noire dont
l'allure lui rappellait un très récent et mauvais souvenir ralentit à
la hauteur de l'immeuble...
Décidément les évènements semblaient se resserrer encore une fois sur une pizzeria.
Pichard commençait à se dire que le milieu usait de ces devantures
fleurant bon l'Italie, afin de blanchir leur argent sale. Et à bien
chercher, il ne l’eut pas étonné que les recherches finissent par les
mener sur quelques gestions immobilières.
Ceci étant, le moment était mal venu pour réfléchir aux différentes
ramifications que pouvait comprendre cette ténébreuse affaire.
Pichard planqué derrière un container à ordure, vit sortir de la
bagnole le jeune chinois qui lui avait salement fait faux bond dans le
parking, pour pénétrer dans la pizzeria.
A ce stade, il lui sembla très prématuré d'intervenir et puis de toute
façon il ne possédait pas le moindre mandat, quant à une flag, ces mecs
étaient trop malins pour s'oublier à laisser traîner des grammes de CD
inconsidérément.
Non, de toute évidence, la prudence était de mise et il était temps de
mettre une stratégie au point en compagnie de Le Tallec. Pichard se
souvint de ses précédentes affaires et convint que l’action solitaire
pouvait avoir une issue néfaste. Contrairement à l’écervelé de Pivert
qui n’avait pas le moindre bagage, Le Tallec avait fourbi ses armes en
Bretagne, notamment en infiltrant une organisation terroriste se
réclamant du FLB. Il apparaissait donc à Pichard comme essentiel de
tenir informer Le Tallec et de mettre en commun leur flair…
Sur ces entrefaites, la porte de la pizzeria s’ouvrit brutalement et
Pichard vit en sortir les mêmes hommes du parking qui se jetèrent dans
leur berline pour disparaître dans la nuit.
Le silence se fit alors oppressant...
Pichard resta seul derrière sa benne dans l’odeur pourrissante des ordures d’un quartier….
Pichard rejoint son hôtel à pied, il l'avait heureusement choisi à quelques rues de là.
Il aimait les hôtels au confort modeste, loin du luxe aseptisé de
"Nouvelles Normes" Il leur préférait le charme vieillot des "Hôtel
Moderne" qui promettait l'eau chaude à tous les étages et quelques fois
même le téléphone dans les chambres.
Mais là, il trouva quand même, qu'il avait vu un peu juste, un simple
couloir servait de hall d'entrée et de réception, une odeur de cuisine
grasse flottait dans les escaliers, c'était propre certes, mais le
confort était un peu spartiate.
Il regretta en rentrant dans sa chambre, de ne pas s'être arrêté boire
un dernier verre dans la petite brasserie qui était encore ouverte au
bout de la rue, mais son vieux copain, le docteur Franck, lui avait
fait quelques remontrances sur ses sorties nocturnes et ses abus
"collatéraux".
Il n'avait plus vingt ans et avait décidé d'être un peu sage...
La rue était un peu bruyante, il n'y avait bien sûr pas la télé dans la
piaule, il chaussa donc le casque de son baladeur pour essayer de
trouver le sommeil en écoutant les notes épurées de Miles Davis dans
Tutu. Un sommeil hanté de masques de dragon et de poudre blanche finit
par le gagner.
A 7H30, son portable sonna. Il se réveilla en sursaut. Gandubert...
Il n'était pas dans ses habitudes d'être aussi matinal
à ce vieil oiseau de nuit, ce devait être grave...

Episode 9 - Le Tallec se réveille
Au même moment Le Tallec se réveilla d'un sommeil agité, au cours
duquel il s'était vu abattre un gamin lors d'une descente dans les
milieu breton, pensant qu'il s'agissait là d'un criminel...
L'effroyable bavure restait sa hantise de toujours, c'est pour cette
raison qu'à ce jour Le Tallec n'avait jamais fait usage de son arme.

Il pensa à Pichard qui devait encore une fois ronquer dans quelque
hôtel minable, après une nuit de solitude. Le Tallec était partagé sur
son acolyte tant il trouvait que Pichard avait les défauts de ses
qualités. Il avait vaguement entendu parler d'une sombre histoire, au
cours de laquelle l'obstination de l'inspecteur avait semble t'il
menait à la mort d'une prostituée, mais il ne préférait pas trop
accorder de valeur à ces quand dira t'on de poulailler.
Cependant, Le Tallec commençait à être fatigué des escapades solitaires
de Pichard et il compta bien mettre les points sur les i et les poings
sur la table lors de leur prochaine rencontre. En attendant il
s'habilla rapidement et fila au quai afin de relever les dernières
informations concernant l'affaire CD, notamment le dossier bancaire de
Di Secco qui devait être tombé.
Arrivé Quai des Orfèvres, LE TALLEC trouva sur son bureau une récente
note des services de Metz qui détaillait les différents avoirs de
Maurice DI SECCO. En plus d'avoir une pizzéria et un hôtel, il
possédait un bar lounge à Moulins-les-Metz connu pour ses hôtesses fort
accueillantes pour les clients qui avaient de gros billets en euros.
De son côté PICHARD prenait son petit déjeuner dans un bar en compagnie
de Roger GANDUBERT. L'ancien férailleur lui avait donné rendez-vous
dans un PMU où il aimait jouer au tiercé plusieurs fois par semaine. Il
lui apprit qu'une jeune immigrée sans papier qui travaillait comme
femme de ménage dans l'hôtel où avait été assassiné JOHNSON avait tout
entendu de la scène du meurtre. Terrorisée par la police française et
par ses rafles anti-immigrés, elle n'osait pas témoigner mais s'était
confiée à un vieux pote de GANDUBERT qui lui avait répété.
Rentré au Quai des Orfèvres, PICHARD informa LE TALLEC de ses
découvertes d'hier et de ce matin. LE TALLEC ne put s'empêcher de lui
dire :
"Tu as pris de sacrés risques en entrant dans l'immeuble hier soir, tu aurais pu te faire repérer."
PICHARD resta silencieux, trop habitué à enquêter à la PJ, il n'avait
pas conscience des dangers des trafiquants quand ils se sentent épier
par la police.
Tous les deux se mirent d'accord pour faire installer une discrète
planque rue Regnault pour surveiller toutes les allées et venues du
site. Le but était de relever les immatriculations des véhicules de
tous ceux qui entreraient dans les lieux. Il fallait aussi les
photographier afin d'identifier les acteurs de ce trafic et les preuves
de leur participation. Cette mission était celle d'une équipe
spécialisée dans les photos et la planque cachée dans un véhicule
utilitaire banalisé et spécialement équipé.
La mise sur écoute téléphonique de DI SECCO fut
aussi retenue. Elle sera réalisée par l'équipe du
commissariat de Metz.

Episode 10 - Les rideaux bleus
Après le remue-ménage des derniers jours, Pichard s'assit à son bureau
afin de s'attaquer à l'activité de remue-méninges, autrement dit, l
'assemblage des pièces du puzzle, puzzle dont il ne maitrisait pas le
nombre total de morceaux.....
Une question le hantait : y avait il des
liens entre la maffia italienne et la maffia chinoise ? la présence de
cet asiatique était-elle un indice ?....
A ce moment précis, une jeune
femme pénétra dans son bureau, et écarta énergiquement les rideaux.
Elle était menue, vive et sa silhouette, se découpant sur le fond bleu
des rideaux aurait empli de joie n'importe quel flic harassé... Mais
pas Pichard...
En une fraction de seconde, il se trouva submergé d'un
sentiment de honte et de culpabilité, mêlé d'un grande tristesse... le
frou-fou des rideaux bleus, la silhouette de la femme de ménage
ravivèrent des souvenirs nauséabonds ... une caravane au rideau bleu,
une caravane où il faisait bon prendre un café et des croissants en
devisant avec la propriétaire des lieux, après une nuit de planque pour
les uns et une nuit de trottoir pour les autres... puis ... une
caravane saccagée et des étoiles rouges de sang frais sur les rideaux
bleus...

Pichard se leva et se dirigea vers le bureau de Le Tallec...
- Bon Le Tallec, en fin de compte qu'avons nous à nous mettre sous les dents ?
- Ecoute, si l'on met tout bout à bout je crois vraiment que la piste que l'on suit est prometteuse...
On a des résidus de Cd certifiés par le labo, que tu as ramassé chez
Maurice Di Secco. Ce dernier s'avère avoir les poches remplies de
thunes mais à mon avis il est trop con pour tenir seul à bout de bras
cette affaire, d'où l'irruption de la mafia chinoise. A moins qu'elle
n'ait été présente dès le début, ce qui me semble assez probable. Je
vois bien Di Secco en homme de paille du milieu...
Pour johnson, je vois pas trop... Qui avait intérêt à zigouiller le
privé ? Probablement les chinois,mais rien n'est moins sur...
Quant à la LI SWANN CIE, tout coïncide pour nous faire penser qu'il
s'agit-là d'une devanture de théâtre... je ne suis pas certain que l'on
élucidera le gros du trafic dans cet endroit... Trop modeste.
- T'as peut-être raison, mais je crois pas que l'on est le choix...
En tout cas, je pense que l'on devrait se concentrer sur Di Secco et je
renifle à plein naze que ce dernier va pas tarder à faire des
conneries... Ca va lui monter à la tête et ce jour là il faudra être
exactement derrière lui...
- Probable Pichard, probable... Au fait regarde ce que j'ai trouvé collée sur notre porte ce matin...

- Putain c'est des marrants aux orfèvres !
- Une jolie carte postale d'Alger, dit Pichard, quelqu'un voudrait-il nous conduire sur une nouvelle piste.
- Rêve pas Pichard, c'est juste une blague, personne ne peut plus
rentrer dans nos locaux sans montrer dix fois patte blanche et je vois
pas un collègue vouloir nous passer un message de la sorte, tu lis trop
de roman policier mon gars...
Le Tallec passa un partie de la matinée à faire des recherches sur
différentes bases de données sous l'œil plutôt distrait de Pichard, qui
essayait toujours de faire coller les morceaux du puzzle.
Après une déjeuner léger, andouillette frites, dans une des cantines de
Le Tallec près du Quai des Orfèvres, ils partirent rejoindre Gandubert
et sa mystérieuse femme de ménage. Ils avaient rendez-vous dans un
ancien atelier réhabilité en appartement Rue Dupuy de Lôme tout près de
la porte d'Ivry. Le pote de Gandubert les accueillit avec une certaine
réserve. Manifestement, il ne portait pas la profession dans son cœur.
Une jeune fille originaire de Port Gentill l'accompagnait, elle
semblait pas très sûre d'elle, Pichard perçu tout de suite la situation
et lui expliqua qu'elle ne risquait absolument rien si elle voulait
coopérer. Au cours de l'entretien qui suivit les deux flics apprirent
que Johnson s'était fait descendre par deux individus e types chinois,
plutôt jeunes vêtus de costumes noirs, chemises noires, cravates noires
qui n'avait simplement dit que Li Swann pouvait maintenant dormir
tranquille.
Ils étaient repartis dans une grosse BMW noire...
Pichard et le Tallec étaient de plus en plus dubitatifs....
"Cette BWM noire, il nous faut à tout prix son immatriculation !"
S'écria PICHARD en marchant aux côté de LE TALLEC vers le métro pour
rentrer au Quai.
"- Oui, c'est le principal but de notre planque dans le 13ème." Répondu
LE TALLEC, "avec cette immat' on pourra remonter jusqu'à ces deux
chinois puis les surveiller. Tu sais, chez les stups, on a le culte du
flag'. Le flag', c'est notre meilleure arme contre les trafiquants car
en matière de drogue, ce n'est pas comme dans la PJ, même avec des
preuves qu'on leur met sous le nez, ils continuent à nier tout en bloc.
Chez eux, c'est un business froid et conscient pour amasser du fric. Il
n'y a pas ce côté passionnel que tu retrouves chez les meurtriers que
tu traquais dans la PJ."
A ces mots, PICHARD se dit qu'il n'avait pas fait le tour de son
nouveau service. Ses découvertes chez les stups l'intéressaient de plus
en plus.

Episode 11 - Le rififi
La planque rue Regnault avait débuté depuis quelques heures quand la
fameuse BMW noire pointa enfin le bout de son nez. Deux hommes
d’origine asiatique étaient à l’intérieur. La voiture se stationna et
les deux hommes en sortirent pour entrer dans l’immeuble. Les photos
prises depuis la camionnette permettront d’avoir leur portrait,
l’immatriculation fut enfin notée.

PICHARD devait rentrer à Metz le lendemain en train. Mais, il sentait
que l’enquête à Paris permettrait de tout résoudre. Il téléphone au
commissaire GARDRIN à Metz. Celui-ci, rapidement, lui permit de rester
encore pour poursuivre ses recherches. Il en profita pour annoncer à
PICHARD que la mise sur écoute de DI SECCO avait déjà commencé et que
des conversations sur des ventes de marchandises suspectes avaient déjà
étaient enregistrées. Une nouvelle commande devait être livrée dans
quelques jours à Metz à la pizzeria de DI SECCO. Selon GARDRIN, cette
livraison pourrait faire l’objet des arrestations en flagrant délit si
on est sûr d’avoir tout remonter dans la filière à Paris. PICHARD
comprit que désormais le temps pressait pour identifier de manière
certaine la composition entière de la filière du trafic et pour
rassembler toutes les preuves.
Après avoir raccroché, PICHARD se rappela qu’il y avait aussi une
pizzeria au siège de la LI SWANN CIE dans le 13ème. Y aurait-il un lien
ou était-ce une coïncidence ?
PICHARD fonça dans le bureau de LE TALLEC pour lire le rapport que
réalisait toutes les deux heures l’équipe chargée de la planque rue
Regnault. Un camion de livraison avait livré deux gros sacs de farine à
la pizzeria. PICHARD dit à LE TALLEC qu’il y avait peut-être là une
livraison d’autre chose que de la simple farine.
Ils décidèrent alors de rejoindre l’équipe chargée de la planque rue regnault…
Une fois sur place, ils s’assurèrent que toutes les issues étaient sous
bonne garde puis ils allèrent s’installer dans la camionnette ou le
dispositif avait été organisé. Par l’intermédiaire d’une caméra, il
était ainsi possible de surveiller l‘entrée principale directement du
véhicule ,les issues latérales du bâtiment étaient épier par des agents
dissimulés.
Pichard et Le Tallec furent satisfaits de l'organisation et se
servirent un café sans quitter des yeux la porte qui donnait sur la
rue. L’endroit était calme, silencieux plongé dans une obscurité totale
du fait de l’absence lunaire.
- Pichard je crois que cette fois-ci on va pouvoir les pincer en pleine flag !
- Vois-tu Le Tallec, j’ai appris avec le temps à ne jamais vendre
la peau du malfrat avant de l’avoir dépecé, d’autant plus si ce dernier
pratique les flics depuis une paire…Cette triade là, j’ai l’impression
qu’elle en a torché des plus aguerris que nous !
- Putain Pichard on t’a jamais appris à être optimiste ?
- L’optimisme ? J’le laisse aux barjots du PMU…
Décidément encore une fois Le Tallec se trouva en porte à faux avec
Pichard, il avait besoin de sentir l’exaltation de la victoire annoncée
lorsque les choses fonctionnaient comme prévues. Trop d’affaires se
finissaient en débandades humiliantes pour ne pas se satisfaire des
bons pas…
Alors que tous les deux restaient plongés dans leurs pensées les yeux
rivés sur l’écran, ils reçurent un appel provenant des orfèvres…
Pichard en prenant le téléphone murmura : « là ça pue carrément Le Tallec »…
- Pichard à l’appareil…
- Vous avez ordre Pichard de décrocher et de remballer le matériel en toute discrétion, …
- Pourrai-je en connaître les raisons ?
- L’ordre vient du ministère, j’en sais pas plus… Allez tirez-vous de là, je suis désolé…
Pichard raccrocha le visage blême de rage en sifflant, « vois-tu le
Tallec, c’est pas ce soir que tu vas décrocher le tiercé , on s’tire
»…..
Le Tallec écarquilla les yeux tandis que dans le fond de la
camionnette, l’agent qui avait été désigné pour conduire la camionnette
ne put s’empêcher de sourire en pensant à la bonne nuit qu’il allait
enfin passer…...

Episode 12 - La mise à l'écart
Le lendemain, Pichard et Le Tallec furent convoqués aux orfèvres où,
prétextant des irrégularités quant à la conduite de l'affaire, cette
dernière leur fut purement et simplement retirée. Ils encaissèrent sans
broncher et restèrent silencieux toute la journée.
Une chape de plomb tomba alors sur le quai et personne n'osa, même à
messe basse, aborder le sujet. On avait informé les deux inspecteurs
que les ordres provenaient de très haut sous-entendant par là,
qu'aucune protestation ne pouvait être envisagée.
Ils se retrouvèrent le soir même au 4ème étage de l'hôtel où logeait
Pichard, et sans un mot ils comprirent ce soir là qu'il allait falloir
continuer hors de tout circuit conventionnel...

Pichard et Le Tallec portèrent un toast, avec dans le regard la farouche détermination de ceux qui n'abandonneront jamais...
Ils allaient remuer le fumier et si des politiques devaient être
embourbés dans cette affaire, ils n'hésiteraient pas à les y
maintenir...
Ce soir là, ils se retrouvèrent seuls, bel et bien seuls.....
Autour de la bouteille de whiskey que Le Tallec, qui ne reniait jamais
ces origines celtes, avait apporté, ils échafaudèrent plusieurs
scénarios. En fin de compte, quand il ne restât plus que de quoi porter
un dernier toast à la suite de leur enquête, ils avaient décidé que
Pichard poserait des jours de congés, il devait lui rester au moins
trois mois de retard. Grandin mettrait ça sur le coup de la colère
d'avoir été dessaisi de l'enquête. Le Tallec, lui resterait en poste
pour continuer avec un accès direct aux informations qui ne
manqueraient pas de circuler. Pichard resterait quelques temps sur
Paris, puisque c'était là que le bas semblait blesser. Les pensant hors
course, nos amis du XIIIième seraient sans doute moins prudents et avec
un peu de chance...
Il était convenu que Pichard commencerait ces "vacances" par un petit
tour le lendemain midi dans le quatier de l'Opéra, où les japonais
s'étaient installés depuis quelques années. Le Tallec lui donna
l'adresse d'un restaurant dans la rue Saint Anne dont le propriétaire
avait, il y a quelques mois donné un coup de main à Le Tallec sur une
précédente affaire. Il était clair qu'entre les milieux japonais et
chinois, ce n'était pas l'entente cordiale..
Demain au menu Ranem et Tempura...
Le lendemain matin, LE TALLEC reprit le chemin du Quai des Orfèvres
pour ne pas attirer l'attention. De son côté, PICHARD devait assurer le
rendez-vous fixé par LE TALLEC avec ce restaurateur japonais. En s'y
rendant PICHARD était silencieux. Il observait, complètement détaché,
la foule du métro. Son esprit était ailleurs. Après la perte de Gustave
SURIN, cette dépossession de l’enquête lui mit un deuxième rude coup
sur la tête. Même GARDRIN ne lui avait rien laissé entendre sur le sort
de cette enquête. Qu’est-ce qui a pu se passer ? Accaparé par ses
pensées, PICHARD oublia de sortir de la rame du métro. Plus loin, à
quelques rangs de sièges devant lui, un homme aux yeux cachés par des
lunettes de soleil l’observait. Quand PICHARD se rendit compte qu’il
avait oublié de sortir à la bonne station, il prit la suivante pour
repartir dans l’autre sens. L’homme aux lunettes sortit en même temps
que lui et prit discrètement la même direction.

Episode 13 – Drôle de bal(le) entre Opéra et AUBER

Arrivé enfin à Opéra, PICHARD marcha d’un pas rapide dès qu’il sortit
de la rame. Enervé d’être en retard, il se perdit dans le dédale des
couloirs souterrains du réseau RATP. L’inconnu aux lunettes de soleil
le suivait de loin, à environ 100 mètres. Le bruit de ses pas résonnait
dans la station silencieuse et déserte en cette période de vacances
scolaires. Il portait un long imperméable clair. Ses cheveux coupés
très courts sur son front large et carré lui donnaient un aspect
sévère. PICHARD marchait depuis plusieurs longues minutes, cherchant
son chemin sans trouver la sortie. Après une série de longs couloirs et
d'escalators, il déboucha sur le quai du RER à Auber. Derrière lui,
s’avançait lentement l’inconnu, tenant dans la main droite le Figaro.
PICHARD n’avait pas remarqué cet homme grand qui s’approchait de lui
par derrière. Soudain, d’un geste très rapide, le journal tomba et
laissa apparaître un flingue pointé sur le torse de PICHARD. Le coup de
feu fut couvert par le grincement aigu des freins de la rame du RER qui
arrivait. PICHARD, touché sous l’épaule gauche, s’effondra. Une intense
douleur traversa tout son buste. Il perdit rapidement connaissance
après avoir vu l’homme courir puis disparaître dans un couloir à
l’autre bout du quai.
Pichard était sur un bateau, il tanguait salement, il sentait son corps
allonge sur le pont froid et métallique. Il roulait au rythme des
vagues. Il crut apercevoir un homme, tenta de soulever sa tête et le
vit disparaître dans une coursive. Il appela...
" - L'infection le fait délirer, dit d'un ton très calme l'infirmière à
Le Tallec qui s'était précipité à son chevet dès que l'information
avait circulée au Quai des orfèvres.
Dès que le traitement que lui donnons, fera de l'effet, sa température va tombée et il retrouvera ses esprits..."
En attendant, il doit salement déguster et ce rêve n'a pas l'air sympa du tout...

Le portable de Le Tallec vibra, il sortit dans le couloir pour prendre
la conversation. Un de ses lieutenants le prévint qu'il venait de
récupérer les cassettes de surveillance de la station et toute l'équipe
se mettait à les visionner pour gagner du temps.
L'infirmière lui confirma qu'il ne fallait pas attendre d'amélioration
avant quelques heures, il lui donna sa carte afin qu'elle l'appelle dès
qu'il serait un peu mieux.
Il rentra au bercail, son équipe avait bien travaillé, la séquence
avait été retrouvé et l'on pouvait voir facilement le visage du tueur.
Le Tallec au cas où demanda à la visionner. Heureusement, une chaise se
trouvait à proximité, quand il découvrit le visage, il prit un uppercut
en pleine face....

Episode 14 - La filature
Trente secondes, Le Tallec avait pris sa décision en trente secondes.
Il ne lancerait pas son équipe pour une arrestation immédiate du
tireur, mais il avait bien l'intention de le suivre pour remonter
jusqu'à ses commanditaires. Il ne révéla donc pas à ses co-équipiers
qu'il avait reconnu le tueur, mais lors de la réunion de la soirée, il
lança volontairement deux équipes sur des fausses pistes. Grandin, au
téléphone, lui avait proposé l'aide de Pivert qui avait suivi le début
du dossier avec Pichard. Le Tallec, ne connaissant pas l'individu,
avait accepté cette aide supplémentaire, car maintenant qu'un flic
avait été descendu, il n'était plus question de ralentir l'enquête, du
moins au Quai des Orfèvres, si pressions il devait y avoir elles
devraient venir de haut, de très haut!!
C'est donc flanqué de Pivert, arrivé tôt dans la matinée que Le Tallec
se mit à planquer devant le domicile de l'homme au pistolet. Il comprit
rapidement son erreur d'avoir accepté l'aide de Pivert et
l'empressement de Pichard à le cantonner dans des tâches subalternes.
Mais au moins puisqu'il était là, il irait chercher les cafés et les
sandwichs.

Vers 11 heures, l'homme sortit au bras de son épouse, Le Tallec
décidât, pour s'alléger de la présence de Pivert, de les suivre à pied,
tandis que le bleu s'arrangerait pour que la voiture soit toujours à
proximité au cas ou.
Mais la sortie se révélât vite une petite promenade apéritive au Jardin
du Palais Royal. Au bout d'une heure, retour donc à la planque en face
de l'immeuble et puis à nouveau attente, avec l'exaspérant Pivert, ses
mauvais jeux de mots et sa fâcheuse manie de changer de station de
radio à tout moment.
Vers 14 heures, nouvelle sortie mais cette fois-ci le gaillard est
seul, semble un peu plus sur ses gardes et marche d'une allure plus
décidée. Le Tallec s'engouffre dans la station de métro juste derrière
lui en prenant toutes les précautions nécessaires pour que notre homme
ne le reconnaisse pas.
Pas facile de filer quelqu'un sur la ligne 14, les couloirs sont larges
et rectilignes les quais vraiment dégagés et le train sans séparation
entre wagon. Le Tallec était seul, à nouveau bien seul, il passa un
coup de téléphone à Pivert pour lui donner la direction qu'il suivait,
mais il avait peu d'espoir de voir la voiture l'attendre à la sortie
Olympiades quand il y arriverait, puisqu'à nouveau ils avaient l'air de
se diriger vers le XIII arrondissement...
Ils sortirent à la station Tolbiac, Le Tallec emboita le pas de l'homme au pistolet pour emprunter l'avenue d'Italie.
A l'angle de la rue de la Vistule, Le tallec s'immobilisa... l'individu était devant lui, face à face...
- Comment avez-vous osé Gandubert ?
- Tu sais l'breton, un indic il le reste toute sa vie et les chinois
ils ont du flouze plein les sacoches. Alors vois-tu, l'Pichard il a pas
pesé bien lourd dans la balance. D'autant qu'à ce que j'sache il est
pas encore tout à fait crevé non ?
A cet instant Le Tallec ressenti un coup violent à l'arrière du crane et s'effondra d'un seul bloc.
GANDUBERT ! GANDUBERT ! NOOOONNN !!!POURQUOI !!!
Le visage aux lunettes de soleil riait aux éclats.

En plein délire, Le TALLEC transpirait. Il n’eut jamais conscience de
ses cris, de ses agitations pendant qu’il était inanimé, transporté
discrètement par des hommes vers une destination secrète.

Episode 15 - Le prisonnier
Le Tallec émergea lentement...
Une violente migraine l'empêchait d'ouvrir complètement ses paupières
mais il discerna un mince filet de lumière qui se faufilait sous la
porte. Il avait les mains attachées dans le dos et entendit un remue
ménage impressionnant qui lui parvenait de l'autre côté.

De toute évidence, les malfrats avaient très largement pris la main.
Pendant que Pichard luttait sur son lit d'hosto son coéquipier se trouvait dans quelque cave obscure bel et bien ficelé.
Le Tallec prit la mesure des résultats déplorables de leur enquête
lorsqu'il comprit que leur seul salut résidait en la personne de Pivert.
Il tenta vainement de se redresser pour s'asseoir mais n'y parvint pas...
La joue droite écrasée au sol, Le Tallec essaya de discerner de quelle
activité pouvait bien résulter le vacarme provenant de l'autre côté de
la porte. Il eut l'impression d'entendre des marteaux ainsi que des
scies mais le tapage était si considérable qu'il n'en fut pas tout à
fait sûr.
Dans tous les cas il était plongé dans une des pires situation qu'il eut connu au cours de sa carrière....
La nuit était tombée. Le TALLEC n’entendit plus aucun bruit. Il se
demanda depuis combien de temps il se trouvait là. Très difficilement,
il monta sur une caisse en bois pour pouvoir regarder à travers les
grilles de la lucarne qui donnait sur la rue.

L’endroit était désert. Aucun piéton ne semblait passer sur le
trottoir. Seules quelques rares voitures passaient à toute vitesse.
Là, il se sentait vraiment dans la merde jusqu’au cou.
Un bruit de pas qui s’approche. Le TALLEC se mit à crier à travers la
lucarne espérant que le passant allait donner l’alerte pour le libérer.
Un rire gras lui parvînt en retour. « La ferme ! Si tu croix qu’on va
t’entendre ici, ah, ah , ah ! » La voix grave ajouta : « Il n’y a plus
que le diable ou ses représentants légaux qui peuvent désormais encore
enregistrer ta requête. Présentez votre dossier au greffe du tribunal
du Jugement dernier, ah, ah ah !!!. »
Le TALLEC n’avait pas tout de suite remarqué que dans la pièce à côté,
un autre type remplissait d’eau une baignoire. Il comprit en regardant
à travers le trou de la serrure ce qui se préparait. A l’évidence les
techniques de torture à la baignoire qu’avait théorisées puis exportées
en Europe la CIA de George BUSH, pour lutter contre le terrorisme mais
sans à avoir à en répondre devant la justice américaine, étaient
parvenues jusqu’à cette bande de tarés de criminels.
Le coup reçut sur la tête ainsi que le bruit de l'eau eurent un effet
dévastateur sur le moral de Le Tallec.De l'autre côté de la cloison, le
bruit de l'eau cessa, mais remplacé aussitôt par un sifflotement qui se
voulait gai, mais qui était surtout faux et commençait à lui taper sur
les nerfs. En regardant sa montre, il constata qu'il y avait au moins
trois heures qu'il était dans cette pièce, et il était seul,
désespérément seul...
Se calmer, là voilà... tranquillement, repenser une à une à toutes les solutions possibles.
Sa sale caboche de Breton finit par prendre le dessus, il se mit
rapidement à étudier plusieurs hypothèses, mais les unes après les
autres, il leur trouvait plus d'inconvénients que d'avantages.
Fixant les lattes de bois du plancher, il rejouait une nouvelle fois dans sa tête la moins mauvaise,
même s'il était conscient qu'elle était très risqué.
Soudain, des bruits inhabituels mais que sa formation de policier lui fire reconnaître tout de suite,
un assaut du GIPN, explosion de grenades aveuglantes, ordres et
sommations criés, c'est la première fois qu'il le vivait hors de
l'entraînement....
Il se recroquevilla pour éviter d'éventuelles balles perdues et attendit.
Il n'y eu aucune résistance et la porte de la pièce dans laquelle il se
trouvait volât bientôt en éclat. Après les vérifications d'usage, le
chef du détachement le conduisit hors du bâtiment.
A sa grande surprise, à côté du commissaire divisionnaire, se trouvait Pivert affichant un sourire radieux.

Episode 16 - l'enquête continue
La libération de le TALLEC permit d’arrêter l’équipe de malfrats qui
l’avaient enlevé. Ils allaient le payer cher pénalement. Les premiers
interrogatoires permirent de déterminer qu’ils n’étaient pas liés à la
mafia chinoise. Celle-ci avait très certainement sous-traité cette sale
besogne à cette équipe de pigistes du crime drogués à la poudre CD au
moment de leur arrestation. On en saisit plusieurs petits sachets au
moment de la descente du GIPN.
De son côté, très choqué par ce qui venait de lui arriver, Le TALLEC se
sentait bien penaud de devoir son salut à PIVERT qu’il avait si mal
jugé. Assis sur un fauteuil de la chambre d’hôpital de PICHARD, il ne
put résister à faire part se ses états d’âmes à son collègue. Celui-ci
n’était pas moins désorienté par le coup d’éclat de PIVERT. Tous les
deux reconnurent qu’ils s’étaient arrêtés à une mauvaise impression à
cause du comportement énervant de ce jeune flic. Mais au fond, ils
étaient passés à côté de ses qualités d’enquêteur.

En regardant par la fenêtre de la chambre d'hôpital, Le TALLEC vit
l'enseigne éclairée d'une pizzéria. Il repensa subitement à cette piste
que voulait creuser PICHARD avant que les évènements ne l'arrêtent :
"Tu te souviens, tu avais parlé de voir si les livraisons de farine
dans le 13ème n'étaient pas en fait de la livraison de poudre
transformée ?"
- "Oui, la pizzéria au siège de la LI SWANN CIE, rue Regnault a-t-elle
réellement besoin d'autant de farine pour fonctionner ? Je pense qu'il
faut repartir de là."
Le TALLEC esquissa un sourire, PICHARD était encore convalescent, mais il avait déjà retrouvé son flair...
Le TALLEC avait cependant devant lui deux obstacles majeurs. Le premier
lui était inconnu mais il savait que ce n'était pas réciproque au vu
des derniers evenements. Le deuxième était purement hiérarchique mais
non négligeable. Il allait lui falloir ruser pour mener à bien ses
investigations. Il decida d'appeller Michel son beau-frère pour lui
emprunter son vieux tube Citroën.
PICHARD malgré son handicap ne suportait plus sa passivité dans cette
affaire et demanda donc à l'infirmière si elle pouvait lui procurer
quelques lecture:
"-mais bien sûr, nous avons une bibliothèque plutôt complète avec des
romans historiques, des essais et des magazines assez récents.
- Pour moi , ce sera Les Pages jaunes Parisiennes dans la version integrale s'il vous plait"
Cette requette étonna quelque peu l'infirmière mais finnalement, ce
coté original de son patient ne faisait qu'ajouter à son charme.
Pichard se plongea presque avec délectation sur les bottins que l'infirmière lui avait
apporter. Il passa presque tout l'après midi à passer des coups de
téléphone, sans grand succès. En conclusion de ce travail, il se dit
que son boulot n'avait pas servi à grand chose et qu'en plus, il aurait
le droit à une remarque sévère du gestionnaire du service sur sa
consommation téléphonique mensuelle.
S'acharner un peu sur les grattes papiers est toujours une satisfaction pour les hommes de terrain, sourit-il!
De son côté, Le Tallec avait été obligé de laissé quelques temps Pivert
seul en planque, et une fois de plus la chance lui sourit, en effet
comma le pensait Pichard, la pizzeria avait eu deux livraisons de
farine. Une, somme toute classique, par le camion d'un grand céréalier,
la seconde, un peu plus étonnante. une camionnette de location était
venu déposer deux sacs de farine en tout début de soirée. Quand Pivert
fit son rapport à Le Tallec, celui-ci ne s'étonnât qu'à moitié et
s'exclama qu'après les crêperies les pizzeria chinoises allait sans
doute se mettre aussi à la farine de blé noir, ce qu'il arrangeait car
son oncle venait de se remettre à cette culture dans sa ferme au
confins des monts d'Arrée. Sur ce, il partit d'un grand éclat de rire,
signe que la bonne humeur revenait et que l'enquête s'annonçait sous
des jours meilleurs....

Episode 17 - A la lumière

Le GIPN ne posa pas trop de questions et Le Tallec était trop secoué.
Tout cela agaça profondément Pivert. Encore une fois, sa brillante
intervention allait passer inaperçue. Tous les chefs se ressemblaient :
jamais un mot sympa pour les subalternes mais une haleine de requin et
des dents à rayer un plancher de chêne. Pivert tenta tout de même de
s'imposer : " chef , nous devons ramener le vieux vélo que j 'ai du
emprunter pour vous, après votre sortie du métro Tolbiac... il a bien
fallu pédaler en attendant le GIPN, pour ne pas perdre votre trace...."
Après tout, Le Tallec n'avait pas l'air d 'être un mauvais bougre. Le
Tallec reta dans son mutisme.
Pivert n'en pouvait plus. Au fond de lui même, il savait qu 'il avait
assuré ce soir là, cet acte auriat du le propulser à la lumière, sur le
devant de la scène... mais il doutait malgré tout. Des années
d'humiliations avait fracturé au plus profond sa confiance en lui. Son
sens aigu de la non compromission l'avait certes tenu à l' écart des
scandales et il n était pas un ripoux. Cependant , son avancement sa
visibilité et sa carrière en avait pati... Mais décidément, non, il ne
confondrait jamais la politique avec la foi....

Episode 18
Malgré tout, le milieu des triades parisiennes étaient devenu avec la
descente du GIPN extrêmement prudent et méfiant... Il se savait à
présent observé et redoublait de prudence, Pivert s'en était rendu
compte, lui qui était assigné à la surveillance de la pizzeria.
Pichard qui se remettait doucement de sa blessure avait reçu l'appui du
service et notamment de la direction qui en même temps qu'une profonde
et sincère affliction, lui avait signifié combien la décision de leur
retirer l'affaire avait été judicieuse vu le cours de évènements. Le
quai avait fermé les yeux sur les investigations que les trois
inspecteurs avaient continué en douce, mais par contre un nouveau
rapport était tombé leur enjoignant une nouvelle fois de passer à autre
chose...
Pichard, Le Tallec et Pivert continuaient à marche forcée....
Pendant que Le Tallec était monté sur Metz afin de faire le point sur
le versant Di Secco de l'affaire, notamment en prenant contact avec des
collègues en qui Pichard avait une entière confiance, Pivert, lui,
continuait sa surveillance.

D'ailleurs les choses avaient bougé en début de matinée car il avait
décidé, en conscience, de lâcher son poste pour suivre deux gars qui
lui avaient semblé particulièrement intéressants. En effet les deux
hommes avant de se diriger vers un train de banlieue avait émis l'idée
de rendre visite à un personnage qu'ils qualifiaient de « boss »... Un
certain Joseph De Maistre d'après ce qu'avait cru entendre Pivert....
Il pressentait là la grosse prise, et trop heureux de pouvoir briller
auprès de ses deux ainés, il emboita le pas des malfrats pour pénétrer
ensemble dans le train. Celui-ci prit la direction de Choisy-le-Roi...
Alors que le convoi se mettait en marche, discrètement Pivert prit un
cliché des deux hommes, avant de prendre place non loin d'eux et tendre
l'oreille....
Pivert avait encore une fois eu un certain flair. Le plus costeau des
deux compères avait l'air plutôt inquiet et jeta des regards affolés un
peu partout dans la salle avant d'entammer la conversation:
-Avec leur bavure, on va avoir les flics sur le dos, faut pas livrer ce soir!
-Pas possible, Li va croire qu'on l'a doublé et ça va saigner.
Il n'en fallait pas plus pour contenter Pivert. Seulement, son air
satisfait n'échappa pas au grand gaillard. Le portable de Pivert sonna
au même instant, ce qui lui donna une consistance plus naturelle et un
échapatoire. Il expliqua a demi mot à Pichard ou il était et ce qui
vennait de se passer.
PICHARD, au téléphone, lui donna la consigne de poursuivre sa filature
très discrètement en laissant son portable allumé. Cela permettait de
le localiser et de le joindre le cas échéant. Mais pour PICHARD,
c'était surtout un moyen d'obliger le jeune PIVERT à ne pas prendre de
risque en les suivant de trop près, le bruit d'une sonnerie de
téléphone pouvait faire repérer le flic à tout moment s'il les collait
trop.

Episode 19 – le Grand QG
Arrivé à CHOISY-le-ROI, la nuit était sur le point de tomber. PIVERT
n’aimait pas être seul dans cette opération, mais il sentait bien que
c’était le moyen peut-être de faire avancer un sacré coup cette longue
enquête.
Les deux hommes arrivèrent dans une pizzéria avec une drôle d’enseigne
allumée au bord de la route. Elle ressemblait à celles que l’on voit le
long de la route 66 aux USA. Ils entrèrent par derrière, comme s’ils
connaissaient parfaitement les lieux. Visiblement ils n’étaient pas là
pour prendre un repas.

PIVERT resta caché dehors, planqué derrière un conteneur à poubelle
nauséabond. Il regarda autour s’il n’y avait pas moyen de trouver une
planque moins odorante, mais avec les allées et venues sur le parking
des clients, il ne put trouver mieux. Il n’avait pas remarqué tout de
suite la BMW noire que ses collègues avaient repérée avant lui rue
REGNAULT dans le 13ème. Elle était garée sagement non loin de la porte
où les deux lascars étaient entrés tout à l’heure. Cette fois, il
sentait qu’il avait peut-être découvert la planque du big boss, ce
Monsieur LI dont il avait entendu parler dans le train de banlieue.
Alors que Pivert était posté devant la pizzéria il fut surpris de
constater que tout à coup toutes les lumière s'éteignirent et en
sortirent 7 hommes, tous emmitouflés dans de lourds manteaux noirs.
La BMW démarra en trombe laissant Pivert le bec dans le cambouis. Fort
heureusement il reconnut, qui s'éloignaient de manière débonnaire, les
deux hommes qu'il avait pris en charge rue Régnault. Il leur fila
aussitôt le train....
Ils pénétrèrent à nouveau dans le RER direction Paris....

Episode 19 bis - Joseph de Maistre
Pivert suivit les deux mafieux jusqu'en gare d'Alfortville ou ils
prirent une correspondance pour bifurquer vers Saint Maurice, de toute
évidence ces deux là cherchaient à brouiller les pistes. Pivert se
fondit dans la masse, surtout ne pas se faire remarquer à nouveau....

Une fois débarqués du train ils empruntèrent des petites rues sans trop
se soucier de leur trousse, ce qui fit bien l'affaire de Pivert... Ils
arrivèrent enfin à destination devant une vaste demeure bourgeoise entourée d'un immense parc, probablement l'adresse de ce De Maistre.

Pivert s'accroupit derrière une voiture garée devant les grilles
d'entrée d'où lui parvint de façon très net le galop d'un cheval. Il
glissa sous le véhicule et aperçu un homme de grande taille chevauchant
une monture approchant à la rencontre des deux hommes. Ceux-ci
s'immobilisèrent et le cavalier fit trotter la vigoureuse bête jusqu'à
leur niveau....
- Que faites-vous ici tous les deux ?
- On arrive de chez Li avec un message, c'est un message très important monsieur...
- Ne restez pas plantés là... Allons discuter à l'intérieur...
Les trois hommes s'éloignèrent, et Pivert eu l'intime conviction qu'il tenait là le chainon manquant de l'affaire...
Voilà un homme qui de toute évidence devait avoir le bras long et
posséder un calepin regorgeant de contacts politiques bien placés...
Pivert pénétra dans le parc en toute discrétion et se faufila jusqu'à la demeure...
Avant d'arriver par derrière l'immense maison, PIVERT craignait
rencontrer une meute de chiens de gardes ; mais rien. Il put atteindre
l'arrière sans encombre. Une large porte fenêtre était restée ouverte.
Il s'approcha derrière un sapin du parc.
"Bon qu'est-ce que vous voulez, j'avais dit à LI de ne jamais venir me déranger ici !"
" - C'est que...On a un problème. Et comme vous nous avez dit de ne jamais vous téléphoner..."
"- Y'a encore un flic ou un détective privé qui fouille de trop près à nouveau ?"
" Non, cette fois-ci on croit qu'ils nous ont perdu. C'est que... Dis lui toi !"
" On a un problème avec la dope. Trop fortement dosée. Elle a déjà tué
dès les premières prises dans le Varois et le Niçois. On a refourgué la
même à Metz, et on craint que les flics mettent le paquet pour
retrouver et arrêter le business."
- "Putain, je vous avez dit de faire gaffe avec ce nouveau dosage !!
Y'a encore beaucoup de cette poudre à livrer avant la prochaine arrivée
?"
- Oui, pas mal, on a encore plusieurs kilos déjà transformés en train d'être mis en doses individuelles."
" Cette fois-ci, je ne vais avoir du mal à blanchir dans ma banque, il
va falloir étaler le risque sur plusieurs établissements. Depuis
l'affaire de l'UNINM dénoncée par tracfin, les responsables juridiques
des banques sont très chatouilleux. Ils sont à l'affût de tous les
mouvements suspects. Si en plus, la poudre CD est mortelle, là, le
contexte est carrément très mauvais. Il va falloir attendre quelques
mois que cela se calme. D'accord ? Allez dire à LI que je veux bien
blanchir, mais pas question de vendre maintenant la came. Attendez deux
ou trois mois que ces excités du contrôle retombent dans leur routine.
D'ici-là, je vous avance le paiement de la prochaine livraison mais,
pas de vente maintenant, compris !?"
"OK ! On va répéter tout ça à LI !"

Episode 20 - Une sortie en volute
Pichard sortit de l'hosto un mardi matin, faible et l'épaule tordue de
douleurs malgré les traitements que les médecins lui avait prescrit.
Mais il ne pouvait tenir reclus dans cette chambre....
Depuis que l'infection avait régressé et que la fièvre était tombée,
Pichard était tourmenté par l'arrêt tabagique que l'hospitalisation
avait entrainé... D'ailleurs il lui arrivait parfois d'en griller une
dans la chambre ce qui indignait le corps médical, stupéfait qu'un flic
puisse ainsi se mettre au dessus des lois qui régissait l'hôpital.

Malheureusement, l'amour irraisonné pour un cloppe qui se consume n'est
pas de ce que l'on dompte facilement et ce, malgré les patchs qu'on lui
avait accolé sur les bras dès qu'il commença à être torturé...
D'ailleurs la première chose que fit Pichard en sortant de
l'établissement, avant même que d'appeler un taxi, c'est encore de
s'asseoir sur le trottoir afin d'en cramer une sereinement...
Il fut également satisfait de retrouver sa chambre d'hôtel louée au
mois, dans laquelle il passa le jour de sa sortie allongé sur le lit,
encore anéanti par les épreuves passées. C'est au demeurant ce jour là
que Pivert prit en chasse, à partir de la rue régnault, les deux hommes
qui le conduisirent chez De Maistre. Pichard s'en souviendrait par la
suite lorsque son esprit se rappellerait le visage d'enfant de son
jeune collègue...
Pivert l'avait joint au téléphone et il avait cru bon de lui conseiller
de continuer la filature avec toute la prudence requise, jamais il
n'aurait imaginé que l'intrépide aurait pénétré seul la demeure de De
Maîstre..
Mais c'est pourtant ce qu'il fit....
Le rapport débutait d'un façon très laconique. Un passant a appelé les
pompiers à 17h35, après avoir entendu des coups de feu dans une grande
maison près de l'allée cavalière. Les pompiers ont prévenu une équipe
du commissariat pour les accompagner. Ils se sont présentés à 17h50
devant la maison, les agents ont fait une approche règlementaire et
prudente du bâtiment . Après les appels classiques qui n'ont pas donnés
lieu a réponse, ils sont entrés toujours en respectant les consignes de
sécurité; Ils ont fouillé la maison et ont trouvé le corps d'un homme
baignant dans son sang. Ils ont aussitôt délimité et sauvegarder la
scène du crime. L'équipe de police scientifique et le médecin légiste
sont arrivés sur place dans l'heure qui à suivi pour constater le décès
par balle de l'individu et commencer leur travail d'analyse.
Le portable de Pichard sonna alors qu'il rejoignait son hôtel, Le
Tallec étant à Metz, on lui demandait d'aller reconnaître le corps;
pendant tout le trajet calé à l'arrière de la voiture banalisée,
Pichard se remémora toutes les péripéties de cette enquête qu'il avait
passé avec Pivert. Il s'en voulait terriblement, certes, Pivert était
passablement énervant mais après tout, il avait fait preuve de bonnes
initiatives surtout quand Pichard s'était retrouvé sur la touche.
Arrivé à destination, il descendit les marche descendant à la cave
comme lui avait indiqué le planton après l'avoir salué, dans un petit
cagibi sombre, il vit le corps, il le reconnu sans hésitation...
Gandubert!!
Pichard expira si fort qu'il fit sursauter le patron des scientifiques
qui effectuait des prélèvement sur le sol. Mais alors, où était passé
Pivert?
En regardant à nouveau le cadavre, PICHARD remarqua avec étonnement que
le visage de GANDUBERT écrasé sur le sol avait la même grimace diaphane
que sa victime, Peter JOHNSON, trouvé mort dans le 13ème. Cela amusa
presque PICHARD de faire ce rapprochement.
Des voisins interrogés avaient remarqué une BMW noire démarrer en
trombe en quittant le parc. Elle avait à son bord quatre hommes. PIVERT
devait probablement se trouver au milieu de cette équipée, coincé et
prisonnier.
Pendant ce temps, au grand QG,
chez Monsieur LI, trois hommes interrogeaient de manière musclée le
jeune PIVERT assis sur une chaise, les mains attachées au dossier. Une
première gifle, puis tout de suite une autre partirent.
"Qu'est-ce que tu sais contre nous sale flic !"
La tête de PIVERT tourna brutalement sous le coup, mais sa bouche reste fermée, silencieuse.

Episode 21 - Le train bleu
Pivert ferma les yeux Il se sentait partir. D'autres gifles magistrales
succèdèrent aux premières. Pivert ne savait plus s'il fallit feindre l'
inconscience ou au contraire garder le contact visuel avec ses
tortionnaires et inventer un truc a peu près plausible. Une gifle plus
violente que les autres vint clore ce débat philosophique. Le bruit
obsédant d'une horloge et le hurlement d'un klaxon de train résonnèrent
dans sa pauvre tête, alors que l'image précise de la pendule situé sur
le quai du RER qu 'il prenait le matin se forma devant lui.

Oui, le
temps passait, inexorablement, les secondes semblaient des minutes et
sa tête allait exploser.Oui, aujourd'hui il n était pas monté dans le
bon train et le prochain arrêt risquait de lui être fatal...Entre deux
battements de paupière, il perçut un nouvel arrivant dans la pièce. Et
une voix, qui lui semblait féminine, prononça des paroles salvatrices,
sur un ton qui n 'admettait aucun répit: " Bande de cons, ça va pas de
tabasser un flic. Le meurtre de ce matin nous a dejà mis une pagaille
totale au Quai d' Orsay et vous persistez !!!". Pivert tenta
d'identifier le visage à qui appartenait cette voix, mais il ne vit qu
'un train bleu qui defilait sous une horloge bleue, dans un vacarme
assourdissant. Ensuite, il sentit que quelqu 'un defaisait ces liens et
ce fut le trou noir.
Le passage du train n'arrêtait de résonner dans sa tête. Il parvenait à
distinguer le moment où la rame accélère après s'être arrêtée sur le
quai et avoir pris ses voyageurs. PIVERT bien qu'inconscient, ou plus
exactement, totalement plongé dans son coma et incapable de se
réveiller entendait une nouvelle fois une autre rame s'approcher,
ralentir, freiner puis il distingua le bruit des portes mécaniques qui
s'ouvraient et à nouveau, l'enchaînement du bruit du départ. Etait-il
monté dans la rame ? Non, car à nouveau le bruit d'une nouvelle rame
qui freine lui parvint. PIVERT sentit que s'il montait dans la rame et
quittait le quai, jamais plus il ne reviendrait, comme si la Mort
faisait se répéter ce passage infernal des rames maudites pour
l'emmener avec sa cargaison du jour récoltée le long des accidents
mortels, des guerres, des famines et des hôpitaux.

Episode 21 - Sous les rails, la plage
Le bruit des rames était bien réel.... Pivert tourna le tête vers le
haut et il distingua un viaduc, qui lui sembla immense, mais surtout
totalement inconnu... Un train venait de passer.... Il s 'assit sur son
céans, endolori mais bien content de l'existence même de cette douleur.
Quelle ne fut pas sa surprise de constater qu'il était sur une plage...

il avait été abandonné loin de chez lieu et ce calcaire lui rappelait
les calanques marseillaises, même s'il n 'en était pas très sur. Il
grimpa pénblement quelques mètres de rocher et décida de suivre ces
rails, qui après avoir guidé ses derniers cauchemars allaient
certainement le guider vers un lieu habité. La température était idéale
et de nombreux bateaux de plaisance fendait l'écume. Au loin, il
distingua le Port de Marseille. Il arriva à la petite gare de Niolon et
se rendit au bureau du chef de gare pour téléphoner à la brigade.
Pivert eut l'impression de se réveiller d'un long cauchemard... Une
migraine épouvantable lui barrait le front mais il sentait une boule
logée près de son estomac qui lui rappelait combien il état bon d'être
en vie... Il savait qu'il était passé près de la fin, de sa fin....
Il se surprit à s'agenouiller à terre et regarder le large, caler de la
terre dans le creux de sa paume... Se sentir vivant... se sentir
vivant...
Une fois parvenu à Niolon il n'hésita pas avant de composer le numéro
de pichard plutôt que de prévenir la brigade, là était sa vraie
famille...
Il ne fut d'ailleurs pas déçu de l'accueil tant ce grincheux de Pichard sembla heureux d'entendre Pivert.
- Bon Dieu Pivert on t'a cru mort ! Vache comme cela fait du bien de t'entendre !
- J'te cache pas Pichard que je suis mal en point mais je sais à présent ce que le mot résurrection signifie !
- Ecoute prends ton temps, mais avec Le Tallec on t'attend sur Paris, les choses sont en train de se décanter...
Pivert sut à cet instant qu'il faisait parti d'un groupe et qu'il était une pierre essentielle à l'édifice....
- Je serai de retour dès demain....
Sur Paris les eaux en effet s'étaient éclaircies... Le Tallec avait
ramené de Metz des informations très intéressantes concernant des liens
entre Di Secco et De Maistre... On lui avait communiqué des documents
censés être confidentiels sur des virements de sommes considérables de
différents établissements appartenant à Di Secco sur des compte offshore
qui selon toute vraisemblance appartenaient à De Maistre. La question
était de déterminer pourquoi ces informations étaient jusqu'à présent
restées dans un tiroir et avaient été dissimulées aux inspecteurs en
charge de l'enquête.
La demeure de De Maistre avait été fouillée de fond en comble mais rien
n'avait été retrouvé de déterminant, l'homme avait d'ailleurs disparu
le même jour que toutes les pizzérias qui semblaient servir de dépôts
furent fermées. En somme du jour au lendemain tous les protagonistes de
l'affaire se volatilisèrent...

Episode 22 - La grande ville
Pichard était là. De retour. Dans la grande ville. Dans la grande ville
sombre. Il avait du quitter Marseille quelques heures auparavant.
La plage était loin. Le soleil n'était plus qu'un souvenir. Les couleurs ne l'avaient pas suivi.
Et il était là. A attendre Monette. Il ne savait pas si elle viendrait.
Il ne pensait pas qu'elle viendrait. Et pourtant il était là.

Et pourtant, il attendait là.
Et ce panneau qui l'invitait à partir. Et ce signe qu'il ne savait pas comment décrypter...
Pichard entendait un bruit indistinct, répétitif... Un son qui semblait
sortir des profondeurs, comme si il avait été couvert de mille
couvertures. Un bruit étrange qui petit à petit se fit de plus en plus
sonore, pour enfin devenir tout à fait bruyant. Pichard émergea alors
brutalement d'un sommeil de 15 heures... son téléphone sonnait....
- Allo pichard à l'appareil !
Parvint-il à bredouiller malgré sa bouche furieusement empatée.
- Pichard ? C'est Pivert, chuis à Paris, gare de Lyon....
- Bouge pas je viens te chercher mon p'tit !
Pichard en se rhabillant d'une démarche hésitante, songea à cet étrange
rêve et l'irruption de Monette. Voilà bien 20 ans qu'il n'avait eu de
ses nouvelles et ce facheux rêve le replonga dans des souvenirs qu'il
aurait préféré laisser bien emmitouflés.
Avant de décamper il passa un coup de fil à Le Tallec et convinrent d'un rendez-vous au restaurant de la gare de Lyon Le train bleu...
Les affaires reprenaient....

Episode 23 - Le gabonais
Monette ne vint jamais.... Finalement , Pivert décida de se rendre à la
planque de l 'indiq de la brigade des stups. Il n avait jamais vu cet
indic dont il avait si souvent entendu parler. Le gabonais - c' était
le nom qu 'il utilisait pour ce travail peu reluisant mais néanmoins
utile- passait à la brigade pour un jeune homme fin et sensible, et de
l'avis de tous, il dénotait dans ce milieu de la pègre. La rumeur
prétendait qu'il était un brillant photographe, mais dont la créativité
et le toupet déplaisait dans les milieux artistiques... entre deux
expos, quelques lignes d'héroine, il aidait la police pour arrondir ses
fins de mois. De fait, arpenter les rues de la capitale avec un boitier
(Pivert aurait donné n'importe quoi pour savoir si le gabonais
utilisait un Leica), et de nuit, favorisait les rencontres un peu
marginales, et le photographe avait finalement gagné sa place dans le
milieu comme chez les flics.

Aussi, Pivert ne fut pas surpris lorsqu il arriva devant le bistrot, ou
des jeux de lumière baignait les lieux d'une atmosphère brachée mais
sobre et veloutée à la fois. Ca n était pas un troquet mais un
établissement d'une classe inouïe. Des jeunes filles de grande beauté
était accoudées au comptoir.
Pivert qui savait s'adapter, demanda avec une élégante nonchalance un
"wisky on the rocks", puis demanda si le gabonais s'était présenté
aujourd'hui. Un étrange silence se fit. Les jeunes filles accoudées au
comptoir s'esquivèrent en souriant et Pivert vit à travers la chevelure
de l 'une d'elles un boitier réflexe numérique (il rêvait de s'en
acheter un) posé en évidence sur le comptoir. L 'appareil semblait
avoir vécu. Juste à l 'aplomb de l 'appareil, deux yeux noirs le
fixaient. Mais ces yeux là n étaient pas ceux d'un gabonais, comme on
aurait pu le croire. Deux grands yeux noirs, humides et profonds,
ourlés de grands cils et encadrés d'un visage de jeune homme blanc,
trentenaire, un visage enfantin. Pivert perdit un peu pied, surpris de
ce visage qui ne collait pas avec l' idée qu 'il s'était faite de l
'indic. Il commença, de façon un peu maladroite : "Combien de pixels
sur cet appareil ? Ca, c est du matos ...."
Pivert repensa à son retour de Marseille la veille et au repas qu'il
avait fait en compagnie de LeTallec et Pichard au resto de la gare de
Lyon.
Là les 3 compères avaient passé un très agréable moment de camaraderie,
tous rassurés que la dérive de Pivert l'ait fait échouer sur un bord de
plage et non au fond d'une décharge. Pichard avait expliqué à Pivert
que Le Tallec avait découvert des informations essentielles sur des
ramifications bancaires entre Di Secco, De Maistre et Li.... De toute
évidence l'enquête approchait de son but, il ne restait à présent plus
qu'à mettre la main sur les trois mafieux qui avaient disparus.
Pichard avait contacté quelques temps avant un dénommé "le gabonais",
afin de lui souffler une parcelle de l'affaire, voir si ce dernier
pouvait en apprendre quelque chose.
C'est ainsi que Pivert se retrouvait à présent devant l'individu qui lui parut au premier abord fermé comme une taupe.
Le visage de l'indic qui lui avait semblé enfantin de loin, s'avérait
en fait bouffé de milles crevasses, probables cicatrices d'une syphilis
mal traitée. L'usage abusif des drogues lui avait progressivement
déchaussé une bonne partie de ses dents, et il valait mieux que cet
homme garde la bouche fermée si il souhaitait ne pas épouvanter son
interlocuteur.
Au-delà de son aspect physique, ce qui surprit le plus Pivert ce fut
encore l'écart entre ce que l'on racontait sur le comportement du
gabonais et la réalité. On avait prévenu qu'il fallait être
précautionneux avec cet indic là, car il s'avérait d'une fine
intelligence, or le Gabonais très rapidement parut à Pivert d'une rare
débilité... Décidément Pivert songea que cet individu avait toutes les
raisons de rester dissimulé dans la crasse et l'obscur....
Ceci étant, malgré la stupidité du personnage, il apparut également
très vite qu'il était un indic parfait... En effet, après avoir
descendu trois verres de Single Malt, "le gabonais" présenta 1 photo
qui provoqua comme un coup de tonnerre dans le cervelet de Pivert...
Posée sur le bar, la photo représentait en conciliabule quatre
personnages que Pivert reconnu parfaitement... De Maistre, Di Secco, Li
et Gangrone le patron des orfèvres !!
Pivert comprit en un instant pourquoi l'affaire leur avait été retirée,
ses mains devinrent glacées... son regard rencontra celui du gabonais
édentée qui souriait tout chicots dehors....
Un large sourire édenté traversa la visage du gabonais. L'effet que fit
cette photo sur PIVERT l'amusait au plus haut point, il sentait déjà
que l'on allait discuter de son prix en centaine d'euros, voire plus.
Mais PIVERT ne voulait pas se faire avoir par ce mec venu de nulle part.
" - Elle est à chier ta photo ! Rien dans la composition. C'est pas
net, ça manque de contraste. C'est ça que tu prends, moi à ta place je
travaillerais au jetable argentique pour en arriver là, ça te couterait
moins cher."
Le sourire s'effaça. Vexé par cette phrase, le gabonais répondit :
"Mais tu vas voir, je vais t'en montrer des photos moi ! Et puis, elles sont pas nulles !!"
Il sortit de son petit sac d'autres clichés très intéressants. Mais
PIVERT feint l'indifférence en les regardant avec nonchalance. Il
commanda un autre verre pour lui et en offrit un autre à l'indic.
L'air dubitatif de PIVERT énerva le gabonais, il respira plus vite,
soupira et s'exclama "- bon et si je te montre encore d'autres photos
que j'ai prises, elles sont pas ici, ça t'intéresse ?"
"-Mouais !"
Après avoir réglé la note, ils sortirent ensemble du bar. PIVERT monta
à l'arrière du scooteur du gabonais garé sur le trottoir. PIVERT
ignorait totalement où ils se rendaient.

Enfin arrivés, ils pénétrèrent dans une vaste salle sombre. Les rideaux
des larges et hautes fenêtres étaient tirés. Cela ressemblait à un loft
rempli d'objets insolites que PIVERT distinguait mal en raison de
l'obscurité. Une forte odeur de tabac froid et de bière prenait à la
gorge.
Tout au fond, un couloir étroit qui débouche sur une pièce sans fenêtre
fermée à clé. Le gabonais l'ouvrit. Une odeur de produit chimique, des
bacs, des photos accrochées à un fil à linge, tout le matériel
nécessaire au développement photo était réuni. D'une étagère le
gabonais lui tendit une série de clichés mais PIVERT ne voyait rien
dans le noir.
"-Je ne vois rien ici, il y a de la lumière ?"
Quand la lumière s'alluma, ce fut un choc, partout des photos de femmes
et d'hommes nus accrochées au mur. Il reconnut sur plusieurs d'entre
elles LI, de MAISTRE, GANGRONE très bien accompagnés et dans des
postures que des mineurs n'ont pas le droit de voir au cinéma.
Le gabonais était très fier de montrer ce travail photographique. Il ne
le faisait jamais, personne ne connaissait l'existence de ces prises,
même les intéressés. Le gabonais lui expliqua qu'il travaillait au zoom
à travers des espaces percés dans le mur ce cette pièce. Il
photographiait les scènes d'orgies qui se tenaient à l'intérieur du
loft dont il était le propriétaire. Il y avait là de quoi faire chanter
le tout Paris. Et PIVERT comprit de quoi vivait ce drôle d'énergumène
au regard pervers.