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Episode I

Episode1


La Maison dans la brume


Un coup de fil très tôt au commissariat central de Metz avait sorti de sa torpeur l'inspecteur PICHARD. Un squelette venait d'être découvert. Des ouvriers qui travaillaient le long de la voie ferrée l'avaient retrouvé alors qu'il était enfoui à un mètre de profondeur.

En arrivant sur place PICHARD demanda aux ouvriers où exactement ils avaient fait cette macabre découverte. C'était à deux pas d'une ancienne grande maison, vide, aux volets fermés, dans une sorte de jardinet accolé à la grande maison.

PICHARD sonna, mais personne ne lui ouvrit. La maison semblait vide depuis longtemps. Aucune lumière, aucun bruit. Rien, la poussière et le silence. Il releva les noms sur les boites à lettre.

...Henriette Drouhot, Marcel Lallemant et une dernière boite sans adresse mais avec une enveloppe qui dépassait. Il la tira délicatement et découvrit qu'elle lui était personnellement adressée...

Il n'y a jamais de hasard, cher commissaire, si vous trouvez cette lettre, c'est que vous avez trouvez un cadavre pas loin, mais est-ce le seul?
Vous allez aussi me retrouver sur votre route mais contrairement à l'autre fois c'est moi qui aura le dernier mot
Vous allez payer, Pichard, intérêts compris, mais lentement...
Pichard froissa la lettre qu'il remit dans sa poche. En quelques secondes, il balaya en pensée sa carrière, qui pouvait lui avoir écrit cette lettre



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Episode 2

pont

Cette lettre qui lui était directement destinée inquiéta beaucoup PICHARD. Il n'avait vraiment pas envie de jouer au chat et à la souris avec un inconnu ; ses mésaventures vécues dans l'affaire PSIG l'avaient largement dissuadé de tenter de faire des recherches après avoir reçues des indications anonymement.

Il se décida à longer la voie ferrée pour voir si des indices pouvaient venir servir cette nouvelle enquête qui débutait. Le terrain était très chamboulé, comme si une catastrophe était arrivée dans ce coin occupé par un long terrain vague sinistre et abandonné. Des recherches qui ne lui amenèrent rien de spécial. Il y remarqua quand même des sortes de ruines, des traces d'habitation. N'étant pas originaire de Metz, il ignorait l'histoire de cet endroit particulier qui longeait la voix ferrée. L'endroit avait été ravagé par des bombardements pendant la Deuxième Guerre Mondiale. De nombreux civils, hommes femmes et enfants, parfois d'une même famille, avaient péris sous les bombes qui visaient l'important complexe ferroviaire. Des traces de cette triste époque existaient toujours dans les bandes blanches peintes sur les murs des immeubles pour indiquer à la population des abris en cas d'attaques aériennes.



une flèche

A 800 mètres il bifurqua sur la droite et suivit un sentier l'espace d'une dizaine de minutes jusqu'aux rives de la Moselle. Pichard s'accroupit et constata que le chemin finissait en cul de sac, au sol les restes d'une beuverie nocturne... Canettes défoncées et bouteilles de bière jonchant le sol...



berges

Coincé sous une pierre, Pichard retrouva un vieux billet SNCF Metz-Paris en date du 08 mars 2007... Tout en froissant consciencieusement le billet détrempé, Pichard réfléchit...
L'endroit où il se trouvait était à quelques 400 mètres à vol d'oiseau de la grande maison... Entre les deux, les voies ferrées se perdaient dans la brume épaisse de ce glacial matin de décembre...
Pichard eut l'intuition que la réponse à cette nouvelle affaire se trouvait sur un de ces trains, qui tous les jours passent sans un regard pour la noire campagne lorraine...
Et sa réflexion fut coupé par un long sifflement strident.... c'était le Paris-Metz de 07h45...

...y avait-il un rapport entre ce billet et l'affaire? Difficile à dire. Il ne pouvait cependant pas écarter l'hypothèse et se réjouit à l'idée qu'il allait enfin pouvoir confier une mission digne d'intérêt à Jérome, le jeune stagiaire et neveu du commissaire. Il repensa un instant à l'époque ou il était lui-même stagiaire au commissariat de Marseille, passant ses journées à rechercher dans les couloirs des archives, des vieux dossiers d'affaires non classées qu'il devait ensuite ranger sans que personne ne les ait même regardés à part lui. Le cadavre lui rappela d'ailleurs une drôle d'affaire qui avait été traitée à cette époque et où on suspectait un tueur en série dont la première victime avait été retrouvée non loin de la gare de tri de Marseille mais c'était si loin...



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Episode 3

route

Et les affaires reprennent...


Le cadavre avait été envoyé à l'institut médico-légal du Centre Hospitalier Universitaire de Metz, afin de procéder aux différentes manoeuvres au carbone 14 permettant ainsi de déterminer la date du décès.

Parce qu'après tout, rien n'indiquait que Pichard avait à faire une nouvelle fois avec une histoire criminelle...
Des cadavres enterrés six pieds sous terre dans la campagne lorraine, il y en a beaucoup !
En attendant Pichard retourna sur les lieux de la macabre découverte où le périmètre avait été quadrillé, mettre lui aussi sa truffe au sol....

L'endroit de la découverte des restes humains marqué par le guerre l'avait beaucoup impressionné. Il n'avait jamais ressenti ce sentiment d'une telle proximité avec des faits qui appartiennent à l'histoire tragique de la ville. En voyant ces traces directes, c'était comme si cette dévastation venait d'avoir lieu. Il tenta d'imaginer comment était ce lieu avant les bombardements. Il se dit que son métier, c'était comme la guerre, il y voyait des humains tués par d'autres humains, des constructions incendiées volontairement.

Un collègue lui avait dit qu'un monument funéraire existait dans le cimetière du Sablon non loin de là. Il décida de s'y rendre pour le
voir. Des noms inscrits au dos avec leur âge, des vieux, des adultes, des femmes, des enfants.



plaques

Quelques jours après, le laboratoire lui indiqua les résultats de la datation des restes humains trouvés. Il s'agit d'un homme de 35 ans, mort il y a une soixantaine d'années. Des traces de brûlures et la forme de certaines lésions indiquent qu'il a été victime d'un incendie ou d'un choc causé par une explosion.
PICHARD n'en revenait pas, c'est peut-être une victime des bombardements de la Deuxième Guerre Mondiale. Ce fût un choc pour l'inspecteur qui pouvait presque toucher du doigt un évènement qu'il n'avait connu que dans les livres d'histoire.
Il fallait quand même être sûr que c'était bien une victime de la guerre et non d'un assassinat remontant à cette époque-là. Mais à quoi bon, de toute façon, même si c'est un crime, il y a prescription.

Mais alors, pourquoi cette lettre anonyme de menaces contre lui ?

...La nuit tombait et le froid était si saisissant qu'il décida de rentrer. La nuit porte conseil après tout. Il regagna donc sa vieille voiture enfouissant sa tête dans son col relevé. Chemin faisant, il repensait à toute cette affaire. Quelque chose ne collait pas. Son instinct lui disait de ne pas laisser cette affaire sans suite mais pourquoi? L'affaire lui revint lorsqu'il monta dans la voiture. Le forcené qui avait été inculpé pour cette série de meurtres à Marseille du temps ou il était stagiaire avait une collection impressionnante d'objets militaires de cette époque. Mais comment s'appelait-il déjà? Il lui semblait qu'il avait écopé de perpette...


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Episode 4

vague

Cette nuit-là, PICHARD eut bien du mal à trouver le sommeil. Il pensa et repensa à cette période de son stage pratique réalisé à Marseille. C’était déjà dans la PJ, coup de chance pour lui ces quelques mois passés là-bas lui avaient mis les pieds à l’étrier avant de rejoindre son affectation à Metz dans la PJ. Il avait participé à plusieurs enquêtes à Marseille. Celle dont il se souvenait le mieux était celle qui avait débouché sur la condamnation d’un meurtrier à perpétuité, COREY, Jean-Louis COREY, dit le Stéphanois dans le milieu marseillais. Il était tueur à gages et très lié au grand banditisme marseillais. Il avait une collection impressionnante d’armes de guerres, toutes saisies lors de son arrestation. C’était la première fois de sa carrière qu’il voyait un véritable criminel. Il se rappela en particulier de la deuxième victime trouvée dans un terrain vague dans les quartiers nord de la ville.

 

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C’était sous un beau soleil que le corps avait trouvé par hasard par un chauffeur-livreur qui s’était perdu en faisant trop confiance à son GPS. Celui-ci l’avait fait remonter une impasse qui débouchait sur le terrain vague. Le corps était juste derrière une maisonnette fermée et abandonnée.

PICHARD repensa à la lettre anonyme reçue lors de la découverte du squelette. En toute logique, elle ne pouvait venir que de quelqu’un qui savait qu’il allait arriver sur les lieux de la découverte.


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Episode 5

murs

Joyeux Noël Inspecteur PICHARD


PICHARD était derrière un verre de bière, assis au comptoir d’un bar non loin du stade de foot. Il entendait râler les supporters du FC METZ totalement dépités par les résultats calamiteux de leur équipe. Lui qui était totalement indifférent au foot et au sport en général, cette conversation l’ennuyait au plus point. Il a toujours pensé que le sport était l’équivalent des jeux modernes de la société romaine. Des jeux pour faire oublier au peuple son ennui, ses problèmes, ses besoins et pour le faire sortir de son angoisse existentielle. Mais là, pas de chance, même ces jeux modernes ne faisaient plus rêver les spectateurs. La mécanique s’était enraillée depuis que l’équipe locale à nouveau faisait le yoyo en descendant dès l’année de la remontée en L1.
Il décida de rentrer chez lui. Il vivait dans un appartement sur le Boulevard Saint-Symphorien. Une lettre bizarre figurait dans son courrier du jour. Elle était écrite à la machine à son adresse, mais n’avait ni timbre ni cachet postal. Quelqu’un avait dû la glisser dans sa boite à lettre personnelle. PICHARD redouta que le corbeau ne connaisse cette fois-ci son adresse. C’était bien le cas, le corbeau voulait jouer avec ses nerfs, même en cette période de fêtes de fin d’année.
Il l’a lue à voix basse :
« Joyeux Noël inspecteur PICHARD. Je vous souhaite de passer de très bonnes fêtes et d’être en bonne forme dès le lendemain matin car une surprise vous attend non loin de chez vous».

...Avec le temps il s'était accoutumé à passer Noël seul, avec le maigre espoir que sa soeur l'appellerait, mais le fait qu'elle pense à lui était plutôt un événement rare. Par contre, il se serait bien passer d'occuper les pensées du corbeau et cette lettre n'était pas pour le rassurer. Il repensa à Jean Louis Corey. C'était lui, Pichard, qui avait mis en évidence sa culpabilité en recoupant les faits de deux affaires non classées et qui avait eu le malheur de s'en vanter. Il sauta sur le téléphone pour vérifier que Corey était bel et bien à la Santé et il ne fut qu'a moitié surpris quand on lui annonça qu'il avait été libéré il y a 6 mois pour bonne conduite. Décidément ça promettait d'être un Noël joyeux!

Corey avait pourtant pris perpèt' ! Etait-ce là le résultat des remises de peine ?... Pichard en avala son café de travers et pensa qu'il était impératif de savoir où vivait le stéphanois ! Toujours localiser la bête avant que celle-ci ne vous prenne en chasse..
Il descendit quatre à quatre les escaliers et fut arrêté par le sifflement du concierge :



concierge

-Hey Pichard ! Y'a une jolie poulette qu'est passé pour vous c'matin ! Elle pouvait pas attendre, elle a dit qu'elle repasserait...
Un joli minois ? Y manquait plus que ça ! Décidément ce jour de Noël ne s'annonçait pas du tout comme à l'accoutumé...


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Episode 6

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PICHARD ne comprenait pas comment était-il possible que COREY soit si vite libéré.
Il décida de téléphoner aux collègues marseillais qui l’avaient si bien accueilli pendant son stage.
« MATTEI ? »
« - C’est toi PICHARD ? »
« - Oui ! Comment ça va?
« - Ah mais ça va bien, mais c’est plutôt à toi qu’il faut demander, comment tu t’adaptes au froid lorrain, ah ! ah ! ah ! ?
« - Difficilement. Dis-moi, j’ai appris que COREY était déjà à nouveau dehors. Comment ça se fait qu’il sorte si vite !? »

L’inspecteur MATTEI, un peu gêné, lui expliqua que COREY avait balancé un gros bonnet du milieu marseillais et qu’en échange, la justice avait accepté de réexaminer son cas grâce à un juge d’application de peines plutôt compréhensif.

« « Putaing » ! Il est donc dehors depuis pas mal de mois déjà. » Se dit PICHARD après avoir raccroché.

PICHARD pensa à la jeune femme inconnue qui avait voulu le voir chez lui. Célibataire, il n’avait personne dans sa vie.

Et si le corbeau était une femme ? C’était peut-être elle qui avait laissé la deuxième lettre anonyme et qui, après avoir été vue par ce curieux de MOLLAICHE, avait inventé cette histoire de visite à son domicile.

...Cette affaire prenait décidément une tournure trop personnelle pour plaire à Pichard. Il demanda des comptes au jeune Jérome concernant les enregistrements électroniques de billets Paris Metz. La liste était longue et incomplète car les noms des gens qui avaient réglé en liquide n'apparaissait pas. Pichard avait besoin de réfléchir. Il retournait son bureau pour retrouver ses clefs de voiture quand il se rendit compte qu'il avait de la visite...



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Episode 7

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La troisième correspondance


PICHARD était impatient de savoir si son intuition, qui lui indiquait que le corbeau était la femme passée chez lui, était la bonne. Mais comment faire pour le savoir, rencontrer cette femme et surtout avoir la preuve ?

Une troisième lettre lui parvint tout de suite après Noël, comme l’avait annoncé le précédent courrier.

La courte lettre faite de mots découpés dans le Courrier Mosellan lui donnait rendez-vous au pied d’un pont qui enjambe la Moselle, à un endroit où elle est très large, à l’ouest de Metz à LONGEVILLE-LES-METZ, non loin de son appartement. Le rendez-vous était fixé à l’aube. PICHARD s’y rendit, pressé et curieux.

Une fois encore, un brouillard, givrant cette fois-ci, coupait nettement le champ de vision. Le froid était intense, de fines plaques de glace s’étaient accrochées le long des berges du fleuve calme et recouvert par la brume. Il ne croisa que quelques rares personnes suffisamment folles pour affronter le froid et qui faisaient leur jogging matinal. On entendait seulement leurs pas rapides et cadencés avant de les voir percer la brume.

PICHARD attendit une heure debout dans le froid, les mains dans les poches de son imperméable. Personne ne vint à sa rencontre. Enervé par cette vaine attente, il décida de rentrer chez lui pour se réchauffer et lire son courrier.

Avant d’entrer, il remarqua tout de suite que la porte d’entrée était ouverte. Le visage tendu et le cœur battant très vite, il sortit son arme avant de pénétrer dans l’appartement. Des cousins crevés, des étagères vidées. Les tiroirs avaient été retournés. Un désordre incroyable jonchait la moquette. On avait fouillé de fond en combles son appartement pendant son absence. Le rendez-vous n’avait que pour but de l’éloigner de chez lui. Mais que cherchaient-ils ?

Longuement, PICHARD rangea une à une toutes ses affaires afin de voir s’il y manquait quelque chose.

Près de deux heures après, son appartement avait retrouvé une apparence civilisée... non pas que Pichard soit un être parfaitement rangé, mais il aimait tout de même voir son existence et donc son cadre de vie, obéir à quelques règles élémentaires.

Durant le rangement, il avait fait une découverte intéressante, en effet, coincé sous son vieux clic-clac rapiécé, Pichard était tombé sur un bout de papier qui de toute évidence ne lui appartenait pas... En l'occurrence une facture d'un hôtel situé dans le 18ème à Paris.
Peut-être le moment était-il venu pour Pichard d'aller faire un tour dans la capitale...

...Pichard boucla rapidement sa petite valise noir avec le stricte minimum pour 3 jours et alla rejoindre sa voiture. La route jusqu'à Paris était longue et il eut tout le loisir de réfléchir sur l'A4, pris dans le flot de Parisiens qui regagnaient la Capitale après les fêtes en famille au pied des pistes. Rien ne semblait manquer chez Pichard. Son visiteur allait-il revenir ou avait-il trouvé ce qu'il cherchait? Il repensait à cette odeur qu'il avait senti en rentrant chez lui, cette odeur provenait d'un parfum féminin, c'était certain...



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Episode 8


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PICHARD arrive à Paris



PICHARD n’allait pas de gaité de cœur. L’indice était quand même mince, une simple facture d’hôtel dans le 18ème arrondissement. Sur une aire d’autoroute, près de REIMS, il observa à nouveau la facture. Pas de chance, elle avait été réglée en espèces. Il n’y aura pas de trace de paiement par chèque ou carte bancaire qui lui aurait donné facilement l’identité du visiteur clandestin de son appartement. En revanche, elle était très récente, deux jours seulement avant la fouille de son domicile, c’était peut-être bon signe.

Dès son arrivée dans la capitale, il se rendit à l’hôtel Le Richemont à BARBES. Le guichetier lui montra le registre à la date du 24 décembre. Trois clients seulement présents cette nuit-là. Comment reconnaître celui qu’il cherche ? Bingo ! Deux clients ont réglé avec une carte bleue visa, un seul a payé en espèce, une femme, Lucie WALLER.

Etait-ce elle qui avait visité son logement le lendemain de Noël ? Le parfum, oui, le parfum, celui d’une femme bien sûr. PICHARD sentit qu’il tenait là une première véritable piste à la recherche du corbeau.

...Il demanda à avoir la même chambre et monta poser ces affaires. En entrant dans la chambre, il tenta de s'imprégner de l'atmosphère, de reconnaître ce parfum mais l'odeur des produits ménagers était trop présente. Le voyage avait été long, la conduite dans la capitale était stressante et il était épuisé. Il s'affala dans le petit fauteuil au bout de son lit. Il était en train de regarder rêveusement les toits Parisiens si typiques lorsque le téléphone sonna. C'était le réceptionniste qui lui annonçait qu'une visite l'attendait à l'accueil...



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Episode 9


rue

Une Femme se tenait devant Pichard. Elle avait un air très sévère et un tailleur noir faisait ressortir ses yeux gris bleus qui dévisageaient Pichard.
"Vous êtes Pichard?"demanda-t-elle sur un ton glacial. Pichard était difficilement déstabilisable et pourtant il ne pu que bafouiller un "heuu oui...
-Je sais qui est le corbeau.
-...
-Mon beau frère travaille pour la SNCF.
-...Le corbeau, votre beau frère?
-Mais vous ne comprenez rien!" et elle s'effondra en sanglots. Pichard était désemparé. Cette femme et ses révélations donnaient une nouvelle tournure à l'affaire. Pichard tenta de la calmer et lui proposa d'aller boire un café en face, ce qu'elle refusa. Elle lui expliqua qu'elle s'appelait Lucie et que Pichard devait être très prudent car elle craignait que le corbeau ne l'ait suivi...

Lucie était une jolie prostituée de la rue Saint-Denis. Elégante, aux traits très fins, et aux formes généreuses, elle devait avoir une trentaine d'années au maximum. Elle vivait dans la terreur depuis qu'elle avait appris que le Stéphanois était sortie de prison. C'était elle qui, pour se débarrasser de sa "protection" de maquereau, avait fait commencer discrètement l'enquête qui avait abouti à l'arrestation de COREY en le dénonçant anonymement à la justice.

PICHARD lui demanda si elle avait revu le Stéphanois depuis sa sortie de prison. Elle lui répondit par la négative, mais avec un air si troublé que l'inspecteur douta de sa sincérité. Elle lui paraissait bien trop affolée pour donner une réponse fiable.


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Episode 10


triptique

Au bon souvenir du maquereau


A l’issue de cette entrevue dans le salon de l’hôtel, soudainement Lucie se leva et se précipita vers la sortie. PICHARD, fatigué de sa route et par le manque de sommeil, n’eut pas le temps de réagir, elle se faufila et disparut sous son nez.

Une heure après le rendez-vous, Lucie longeait la Marne à pied. Elle rejoignait la caravane du camping sauvage où elle vivait dans la banlieue de Paris le long de la rivière. La caravane appartenait à une collègue prostituée qui l’avait hébergée. Elles logeaient là, cachées dans un terrain vague depuis pas mal d’années.

Pendant ce temps, un homme vêtu d’une tenue très sombre suivait la jeune femme. C’était le Stéphanois qui la surveillait depuis qu’elle était rentrée à Paris. Il avait réussi à faire parler une pute sans papiers en la menaçant de la dénoncer aux flics. En pleurs, elle avait fini par lui balancer où vivait Lucie. Il n’y avait plus qu’à attendre à l’affût, le passage de Lucie le long de la Marne pour la choper.

Lucie ne savait plus comment agir. Elle était effrayée à l’idée de revoir un jour celui qui l’avait tant tabassée pour la forcer à se prostituer. Elle ne se sentait pas à l’abri depuis la sortie de COREY. Mais, comment avouer à PICHARD que c’était elle qui avait fouillé son appartement pour tenter vainement de retrouver la trace de l’adresse déclarée du Stéphanois pour sortir de prison. Elle ne se sentit pas la force de continuer sa discussion avec le flic. Lucie croyait que PICHARD suivait le milieu mafieux du Stéphanois. Il n’en était rien, elle ignorait l’organisation de la police et que c’était MATTEI à Marseille qui avait conservé l’enquête.

Elle sentit que quelqu’un marchait derrière elle. Elle n’osa pas se retourner de peur de reconnaître le Stéphanois. Elle accéléra le pas.



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 Episode 11

voyage

Les retrouvailles...


Au moment de passer sous "le tunnel des grands perdus", une lourde main s'abattit sur ses épaules froides et en un rien de temps Lucie était plaquée au mur... le temps de retrouver ses esprits et face à elle se tenait Corey...
Le dos moite, une terreur lovée au creux des reins, Lucie revit en un éclair d'une effroyable brutalité les quelques années passées auprès de cet homme...
Il était revenu...
L'enfer venait d'ouvrir une gueule béante sous ses pieds...

- Tu n'm'as pas oublié ma p'tite cile, j'espère ?

- Jean-Louis que me veux tu ?

- Ce que je veux ? C'est aussi simple qu'une passe à clichy ! Je veux juste te refoutre sur l'trottoir cile ! T'étais ma meilleure bosseuse, alors croyais-tu vraiment que je n'te retrouverais pas ? T'es monté sur Paname ? Et ben j'vais resté près de toi maintenant ! On n'va plus s'quitter !

- Je suis désolé Jean-Louis mais j'ai raccroché mes talons ! C'est fini pour moi l'tapin...

- T'es toujours aussi conne par contre ! Tu crois vraiment que j'suis devant toi à t'implorer ? Tu me vois par terre larmoyant ? Tu vas m'suivre cile ! Aussi sûr que Pichard finira le bide ouvert en deux ! Tu vas m'suivre !

Corey écrasa son poing sur le visage de Lucie qui s'écroula sans connaissance....

De son côté Pichard commençait à se demander ce que cette fille lui voulait... Les pleurnichardes qui détallent comme des lapins sans crier gare, cela avait tendance à lui taper sur le système !
Pichard était un être qui aimait les rapports directs, francs et la façon que cette Lucie avait eu de lui laisser le nez dans l'jaune, il avait pas apprécié !... Tu n'm'auras pas deux fois ma jolie ! Tu n'm'auras pas deux fois...

COREY, dit le Stéphanois dans le milieu, n’avait pas perdu tous ses amis malgré la taule. Un riche bonnet parisien lui avait prêté une loge de concierge dans le 8ème pour loger à Paris.




loge

Le Stéphanois avait l’intention d’y installer Lucie pour mieux la contrôler et la rapprocher des clients aisés qui habitaient non loin de là. Il força l’ex prostituée à prendre toutes ses affaires dans la caravane et à le suivre jusqu’à cette nouvelle adresse.

En entrant dans la loge, Lucie comprit tout de suite que le Stéphanois avait tout prévu et qu’elle aurait bien du mal à lui échapper. A moins que…PICHARD, ce flic. Mais pour l’heure, elle décida de faire semblant de se soumettre pour endormir l’attention du Stéphanois.

Pendant ce temps-là, PICHARD s’était décidé de rester à Paris. Il était en congé encore quelques jours.

..Si Pichard voulait avancer sur cette affaire, il devait absolument en apprendre plus sur cette Lucie. Il alla se renseigner auprès de ses collègues du commissariat du 18ème pour savoir si elle était fichée mais ce n'était pas le cas. Il ne lui restait plus qu'à aller fouiller dans son milieu pour dénicher un indice ou une piste...



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Episode 12

saupoudreuse

Pichard appela d'abord ses collègues de la mondaine sur Marseille, ces derniers lui apprirent que Lucie Waller avait bien fait partie des troupes de Corey...
Décidément, Pichard commençait à se dire que tout devait être lié... La libération en conditionnelle du stéphanois, l'irruption dans sa vie d'une de ses ex prostituées, son appartement mis sans dessus dessous...

Pichard savait qu'un flic devait toujours avoir un oeil sur ses propres talons, et cet impératif n'avait jamais été aussi vrai ! Il commençait à y avoir une puante odeur de maque à ses trousses...
Il connaissait deux trois anciennes écrémeuses qui possédaient encore leurs entrées dans le milieu du tapin parisien, Pichard décida de rendre visite à la plus fameuse d'entres elles... Helenka...
Helenka que l'on surnommait à l'époque "la jolie blanche" du fait de son insatiable appétit pour la cocaïne...

Helenka était dans les années 80 la reine du tapin nord parisien, c'était elle qui dirigeait son maquereau plutôt que l'inverse... A présent "la jolie blanche" avait rangé ses tenues sexy pour se reconvertir dans le secteur de la picole et du "spectacle", de fait elle tenait un bar avenue Clichy ou de temps en temps se produisaient des shows de nus...

Lorsque Pichard entra dans le rade, la voix d'Helenka retentit dans toute la pièce:

- Bordel de con ! J'ai la berlue ou quoi ? Pichard ! Mon Pichard, p'tain t'as pas changé d'une rame !

- Bonjour Helenka, comment va ?

- Ben moi ça roule toujours, comm'tu vois ! P'tain ! J'le crois pas... Pichard ! Allez reste pas planté comme une baltringue, viens donc boire un godet...

- Ecoute Helenka, j'aurai besoin de te parler... si t'avais un endroit tranquille ?

- Ben ça, j'imagine que t'es pas venu juste pour me bécoter le minois... Allez, ramènes toi à l'arrière...

Pichard suivit Helenka dans une pièce située derrière le bar...

Une musique rythmée résonnait dans l’arrière-salle. On entendait parfois les rires des clients venus voir les girls qui dansaient ou servaient dans des tenues très légères.

« - Tu sais PICHARD, moi, j’trouve que c’était mieux avant. On ne voit plus les parisiens chics qui venaient zieuter les belles cuisses des nanas. Ils savaient vivre eux, élégants, toujours classe, et…jamais ingrats côté biftons laissés sur les tables après avoir bien consommé du champ’ ou du whisky. Maint’nant c’est plus que des touristes en jean basket, qui boivent sagement un verre de coca et tchao, oubliés les pourliches en partant, l’appareil photo planqué plein d’images volées et qu’on retrouve partout sur le net. Et depuis Amélie POULAIN, c’est pire. On est vraiment tombé dans le folklore parisien. Mais allez, dis moi, pourquoi t’es là ? »
« - Je recherche une ex-pute, Lucie WALLER, tu connais ? »
« Moi, euh, non, ça me dit rien, elle doit pas être du 18ème. Mais attends, on va demander à Sonia, elle connaît vachement de monde à Panam’. Tout le monde l’appelle la Reine de Barbès. »

Une grande et fort belle femme à la peau mate approcha. Le rectangle d’étoffe noire qu’elle portait sur le buste cachait mal une profonde ligne entre ses seins. Le regard de PICHARD était scotché sur ces reliefs découverts en plein hiver.

« - Oui, Lucie, je l’ai un peu connue, elle bossait rue Blondel, à côté d’la rue Saint-Denis j’crois. Mais ça fait un bail que j’lai pas vue. J’ai mieux connu sa grande copine, Stella, elle habitait dans une caravane à Champigny, pas loin de la Marne. Vous devriez allez la voir, elle vous en dira certainement plus que moi. »

PICHARD quitta le bar requinqué par ces voluptueuses rencontres. Plein d’allant, il fonça en RER direction Champigny.



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Episode 13


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Sitôt sorti de la station du RER A « Champigny », PICHARD se retrouva rapidement le long de la Marne. Les belles demeures bourgeoises de l’autre côté à Saint-Maur contrastaient nettement avec l’ambiance plus populaire de CHAMPIGNY.

Au bout de deux kilomètres à pied le long des berges, juste après un pont baigné dans la brume, il trouva facilement la caravane de Stella, la copine de Lucie WALLER.

« - Bonjour mademoiselle, Inspecteur PICHARD de la Police Judiciaire. Je suis à la recherche de Lucie WALLER qui est peut-être en danger, la connaissez-vous ?
« - Lucie, oui, elle était encore ici il y a peu. Mais son ancien maq, le Stéphanois, l’a forcée à le suivre avec toutes ses affaires. Je crois qu’il veut la forcer à reprendre le tapin. »
« Ah, et vous savez où ils sont partis ? »
« Lucie m’a indiqué par SMS qu’elle était logée dans une planque du 8ème et qu’elle ne pouvait pas en sortir pour l’instant. »
« -Vous savez, je raconte tout ça parce que moi j’ai plus rien à perdre, et j’en ai marre de voir une pauvre fille comme Lucie traitée de cette façon.»
« Seriez-vous prête à témoigner contre le Stéphanois pour prouver qu’il est proxénète ? »
« - Alors là, oui, je n’attends que cela, j’ai des comptes à régler avec ce salaud. » Dit-elle en montrant sa cicatrice sur une grande partie de son bras gauche.

Cette fois-ci, PICHARD avait avec lui la preuve pour faire tomber le Stéphanois en récidive. Il lui restait à le surprendre en flagrant délit à l’adresse donnée par Stella pour enlèvement, traite des blanches et proxénétisme. Il marcha encore plus vite pour retourner à la station de RER et donner ces nouvelles informations précises aux collègues de la Mondaine. Il sourit : « ce n’est pas tous les jours qu’un petit flic de Province amène une telle affaire toute cuite à la mondaine parisienne. » se dit-il.

La reine de BARBES n’avait pas donné un tuyau percé.

Pendant ce temps Lucie était séquestrée dans un immeuble situé au 51 de la rue Rocher dans le 8ème arrondissement, d'où elle entendait lorsqu'elle se plaçait sur le balcon les clients d'un salon de coiffure situé au rez de chaussée.



balcon

Lucie savait que Corey procédait toujours par un isolement complet avant de jeter une fille sur le trottoir, d'abord la couper de toute vie sociale et ainsi la rendre plus vulnérable que jamais... Faire en sorte de devenir le maître, amener l'autre à croire que le proxénète est nécessaire pour sa protection... Alors qu'il ne représente bien souvent que la seule menace...

Tout cela Lucie le savait mais elle sentait que le poison à nouveau s'immisçait dans son âme... Elle le savait, Corez la connaissait parfaitement... Elle craignait les cognes presque autant que les maques et elle aurait été bien incapable de se rendre dans un poste de flicailles, ça aussi elle le savait...
Il y avait bien ce Pichard, qui lui avait parut assez à la dérive pour peut-être, lui venir en aide, mais elle n'était parvenue, lors de leur rencontre, à cacher sa frayeur...

Peut-être Pichard me retrouvera t'il ? Pensait elle... Si ce devait être le cas, ce dont elle doutait, elle espérait que cette fois-ci Corey tomberait pour autre chose qu'une simple histoire de mondaine...
Lucie avait en tête assez de terrifiantes images concernant le stéphanois... Combien avait-il envoyé de filles tout droit à la décharge après leur avoir ouvert leur tendre cou ? Lucie l'ignorait, mais ce qu'elle savait c'est qu'il était temps que quelqu'un fasse payer la brute épaisse...
Quelqu'un....



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Episode 14


pano

Non il n'était pas percé le tuyau!. Mais bon la Stella, pas complètement conne non plus. Quand on fait le plus vieux métier du monde et ben à défaut d'avoir le sens des valeurs policières on tient à son outil de travail alors faut savoir composer. Sur que dépanner le stéphanois ça peut aussi servir!.
Mais après ça, intérêt à décarrer vite fait. Son maq, le Lyonnais, l'expédia en retraite forcée dans le jura, à turbin le château pour être plus exact. Un endroit ou même le plus fin limier ne pourrait la retrouver.


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Episode 15

brume2

Le cauchemar de Lucie


Lucie marchait dans le froid. Elle marchait vite, très vite. Elle accélérait. Accélérait encore. Essoufflée, elle entendait le bruit des pas derrière elle, ceux du Stéphanois. Il venait pour lui faire faire un retour en arrière de trois ans. Trois ans qu’elle avait arrêté le tapin. Trois ans à chercher à s’en sortir, à vivre sans la peur. Et puis, lui, COREY qui vient tout foutre en l’air. Non, ce n’était pas possible. NON !!!

Elle se réveilla, tout en sueur, le cœur battant à toute vitesse. Elle venait de revivre en rêve cette poursuite le long de la Marne. Elle ne voulait pas faire plaisir à ce fumier de COREY en lui obéissant.
La porte de la loge était fermée à clé. Le Stéphanois avait bien prévu son coup avant de l’amener ici, enfermée dans cette planque du 8ème. Qui aurait pensé venir la découvrir ici, pas très loin des boutiques de fringues de luxe, étincelantes derrière des vitrines blindées et aux prix à 4 chiffres en euros, si près des restaurants étoilés avec leurs voituriers en uniforme fumant une clope en attendant que des grosses berlines viennent s’arrêter, si près des Champs-Élysées, pas loin du paisible Parc Monceau.


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Episode 16


pisseur


A présent Pichard connaissait la planque de Corey, il lui était donc facile de faire une descente en compagnie des collègues parisiens... Cueillir le maquereau dans sa tanière !
Dans ces moments-là, Pichard se sentait comme un blaireau en chasse... Le hic, c'est qu'il pressentait bien qu'il y avait quelque chose de fragile !

Faire tomber Corey, à nouveau pour du proxénétisme, Pichard savait qu'il n'y avait au bout du compte que quelques années de cabanes au mieux ! Mais à ce jour, malgré toutes les suspicions, aucune preuve ne pouvait être présentées devant le juge pour enfoncer le stéphanois et le noyer une bonne fois pour toute... Et puis attendre encore pourrait mettre définitivement en danger la jeune Lucie... Que faire ?

Pichard en revenant ce 12 janvier de Champigny à la nuit tombée s'arrêta chez un collègue à la retraite dans le 13 ème arrondissement... Gustave Surin... Ce bon vieux Surin serait probablement de bons conseils...

SURIN habitait Boulevard de l'Hôpital.



hopital

En entrant dans l'appartement, PICHARD remarqua tout de suite les cadres accrochés sur les murs d'entrée. Des félicitations écrites, signées en 1982 par Gaston DEFERRE, Ministre de l'Intérieur, pour l'arrestation, sans arme ni effusion de sang, d'un malfaiteur lors d'une prise d'otages suite à un braquage raté. Une autre, signée du directeur général de la police pour les mêmes faits.
SURIN avait été tout au long de sa carrière un flic de grande classe. Il était très nostalgique de l'époque où les hommes avaient de l'honneur, même les truands. Il était particulièrement fier d'avoir eu ses mots signés par DEFERRE, "le dernier mec politique à en avoir". Il lui raconta qu'en 1967, Gaston DEFERRE avait affronté en duel officiel à l'épée, jusqu'au premier sang, un autre député, Ribière, suite aux insultes qu'il avait prononcées lors d'une séance à l'Assemblée Nationale. C'était le dernier duel politique officiel qui eût lieu en France.

Il reconnaissait que cette affaire n'était pas pleinement satisfaisante. Certes, il y avait une récidive de proxénétisme, COREY ayant été condamné dans le passé non seulement pour assassinat mais aussi pour ce délit, la première enquête avait pu mettre à jour l'ensemble de ses activités illégales. Il y avait aussi un enlèvement prouvable avec le témoignage de Stella. Ca rajoutait quelques années de prison si c'était reconnu.
Mais, SURIN lui fit comprendre qu'il fallait surtout que la victime change de vie, définitivement. Qu'elle change de région, change ses relations, voire même son identité pour que le Stéphanois ne la retrouve jamais.

En le quittant, après avoir mangé avec lui une bonne blanquette de veau dans une brasserie, PICHARD se dit qu'il avait bien fait de venir voir Gustave.



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Episode 17

cile

Au 51 de la rue Rocher, Lucie terrorisée attendait le retour de Corey qu'elle savait imminent...

Cette fois-ci, elle ne se laisserait pas faire ! Elle sentait ses forces s'amenuiser et le temps était venu pour elle de sortir les griffes et de faire tout son possible pour sauver sa peau...
Ainsi, recroquevillée dans son coin, Lucie s'imagina heureuse... dans une autre vie, une autre ville... souriante et laissant les jours s'écouler sans avoir une terreur constante terrée au fin fond du corps... Marcher dans une rue sans avoir besoin de se retourner continuellement... Faire confiance à un homme et aimer un enfant...

A cette seule pensée et saisissant une chaise elle alla se poster près de la porte d'entrée, alors qu'un cliquetis de serrure retentit....

Ensuite ce fut comme un éclair dans un ciel obscur !

Corey franchissant le pas de la porte n'eut pas le temps d'esquiver la lourde chaise en bois que Lucie portait à bout de bras, seulement, il n'en fut sonné d'aucune sorte...
Lucie essaya vainement de s'extirper dans la cage d'escalier, mais le stéphanois fou de rage, agrippa la jeune fille par les cheveux et la ramena de toutes ses forces dans l'appartement en lui assénant un brutal coup de poing dans la poitrine...

Lucie, le souffle coupé par la violence de son agresseur s'élança vers le balcon et s'agrippa à la rambarde... son regard emplit d'épouvante traversa celui de Corey, qui son couteau à la main s'apprêtait à la rejoindre, puis alla s'envoler au delà du balcon...

Dans une autre vie, une autre ville...

Son corps léger n'eut aucune difficulté à passer par dessus la balustrade, et Lucie chuta sans un cri ni soupir...
Il est des vies si fragiles qu'en un souffle les voilà balayées...

Françoise Martreau, patronne du salon de coiffure se trouvant au Rez de chaussée appela les secours un 12 janvier à 17h46...

Le Samu parvint sur les lieux du drame à 18h06...

Etant donné l'état très critique de la victime les premiers gestes de réanimation furent entrepris sur le trottoir...

Le décès de Lucie Waller fut constaté à 18h46, dans le véhicule qui la transportait à tombeaux ouverts à travers les rues de Paris...



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ÉPILOGUE


PICHARD n'apprit le décès de Lucie que quelques heures après, par la Mondaine. Elle s'était chargée d'arrêter le Stéphanois et de le faire mettre en examen pour proxénétisme, enlèvement et séquestration. Rien sur le décès de Lucie.
PICHARD rentra à Metz.

Pendant la route, rythmée par le ronronnement du moteur, il revoyait le doux visage de Lucie.



FIN